MEDUSA : quand l’ingénierie entre en scène dans un ballet subaquatique

Sous la surface, les repères changent. Les corps ralentissent, les gestes se suspendent, le souffle devient matière dramatique. C’est dans cet univers silencieux que s’est déployé MEDUSA, spectacle vivant d’un genre nouveau imaginé par l’artiste contemporain Bastien Soleil, à la croisée de la danse, de l’apnée, de l’image et de la poésie visuelle.
Présenté le 30 mai 2026, dans le cadre de la Biennale de la danse des Sables-d’Olonne, MEDUSA a proposé une expérience immersive rare : cinq danseurs professionnels évoluant en apnée, dans une piscine de cinq mètres de profondeur, sans assistance respiratoire. Autour de Bastien Soleil, sa troupe Le premier souffle, composée notamment de Marion Crampe, Rose Molina Barrios, Aurélie Coze, Dimitrii Staev et Oliver Gregory, a donné corps à un langage chorégraphique façonné par l’eau, la lenteur, la résistance du milieu aquatique et la maîtrise du souffle.
Mais MEDUSA n’est pas seulement une œuvre aquatique. C’est aussi un terrain d’expérimentation pour l’ingénierie. Au cœur du dispositif, un robot méduse conçu par l’équipe du Collège des Sciences Navales est devenu un acteur à part entière de la création. Inspiré du vivant, pensé pour évoluer dans l’eau avec précision et expressivité, il a prolongé le mouvement des danseurs et introduit dans la scène un dialogue inédit entre corps humain et machine poétique.
Le robot méduse repose sur une base de technologies développées par la société Blue Robotics, spécialiste des solutions robotiques sous-marines. À partir de ces briques technologiques, l’équipe du Collège des Sciences Navales (CSN) a travaillé à adapter, intégrer et maîtriser un système capable de répondre aux exigences très particulières d’une scène immergée : stabilité, trajectoires, sécurité, fluidité du déplacement, lisibilité du mouvement et interaction avec les interprètes.
Dans MEDUSA, la technologie ne cherche pas à impressionner par sa seule performance. Elle est mise au service d’une émotion. Le robot n’est ni un simple accessoire ni une démonstration technique : il devient présence, partenaire, figure flottante. Sa trajectoire, son comportement et son rythme participent à l’écriture chorégraphique. L’ingénierie y est pensée comme un langage, capable d’entrer en résonance avec la danse, la lumière, la musique et l’eau.
Artiste international, Bastien Soleil développe depuis plusieurs années une pratique singulière entre performance sous-marine, apnée, photographie et cinéma. Ses œuvres se construisent autour d’une contrainte radicale : créer en une seule respiration, sans assistance, dans un environnement où chaque geste doit être anticipé, maîtrisé et habité.
Avec MEDUSA, il franchit une nouvelle étape. Son univers, jusqu’ici souvent capté par l’image, devient une performance vivante partagée avec le public. L’eau n’est plus seulement un décor : elle devient une scène, un partenaire, un espace de transformation. Les danseurs de sa troupe y développent une physicalité particulière, à la fois contrainte et libérée, où l’équilibre, la lenteur et la suspension composent un vocabulaire chorégraphique propre au monde subaquatique.
La présence du robot méduse amplifie cette recherche artistique. Elle introduit une forme nouvelle de relation scénique : non plus seulement entre danseurs, mais entre humains, machine et milieu aquatique. Dans cette rencontre, le geste technique rejoint le geste artistique.
Cette démarche illustre une conviction forte : l’innovation ne se limite pas aux laboratoires ou aux applications industrielles. Elle peut aussi ouvrir de nouveaux imaginaires, transformer notre regard sur le vivant et inventer des formes artistiques inédites.



Crédit : Bastien Soleil. Photos prises lors des répétitions.
MEDUSA interroge notre relation à l’eau, à la mer et aux écosystèmes marins. La figure de la méduse, à la fois fascinante et ambivalente, évoque la beauté fragile du monde sous-marin mais aussi les déséquilibres écologiques qui le traversent. Le spectacle invite ainsi à ressentir, plutôt qu’à seulement comprendre, l’urgence de renouer avec les milieux aquatiques.
Dans cette perspective, l’ingénierie joue un rôle essentiel. Elle permet de rendre visible l’invisible, de créer les conditions d’une expérience immersive et de donner forme à une rencontre entre science, art et conscience écologique. MEDUSA devient un laboratoire subaquatique où se croisent robotique, performance physique, création visuelle et sensibilisation environnementale.
Le projet a bénéficié du soutien de la Fondation Mines Paris, qui accompagne ainsi une initiative à la fois artistique, technologique et éducative. Pour les étudiants, les élèves ingénieurs et les encadrants impliqués, MEDUSA constitue un terrain d’apprentissage concret : concevoir pour un environnement contraint, travailler avec des artistes, intégrer des enjeux de sécurité, expérimenter des trajectoires, ajuster la machine à une intention scénique.
L’année 2026 met l’ingénierie à l’honneur. Dans ce contexte, MEDUSA offre une illustration particulièrement sensible de ce que peut être l’ingénierie aujourd’hui : une discipline de conception, d’expérimentation et de responsabilité, mais aussi une force d’imagination.
En réunissant un ballet sous-marin, un robot inspiré du vivant et une réflexion sur notre rapport à l’Océan, le projet montre que l’ingénierie peut dialoguer avec l’art pour toucher d’autres publics. Elle devient un moyen de raconter, de transmettre, de questionner. Elle ne se contente pas de résoudre des problèmes : elle contribue à inventer des expériences capables de faire évoluer les perceptions.
À l’heure où les transitions écologique, technologique et culturelle appellent de nouvelles formes de coopération, MEDUSA rappelle que l’ingénieur et l’artiste partagent une même exigence : donner forme à ce qui n’existe pas encore.
Lors de sa première représentation aux Sables-d’Olonne, MEDUSA a proposé deux manières de vivre l’expérience : une partie du public a pu suivre la performance depuis l’eau, équipée de masque et tuba, tandis que les autres spectateurs assistaient à la retransmission en direct sur grand écran. Ce double dispositif, ressentir l’œuvre depuis l’élément aquatique ou l’observer dans une mise en image cinématographique, traduit l’ambition du projet : créer un lien nouveau entre les spectateurs, les corps en mouvement, la machine et l’environnement marin.
Avec MEDUSA, Mines Paris – PSL s’inscrit dans une aventure où l’ingénierie devient un art du lien : lien entre disciplines, entre humains et machines, entre recherche et création, entre technologie et vivant. Sous l’eau, la méduse robotique ne s’est pas contentée d’accompagner Bastien Soleil et sa troupe. Elle a donné à voir une autre manière d’imaginer l’avenir : sensible, responsable et profondément interdisciplinaire.
Mines Paris – PSL, l’École des Industries Avancées (EDEIA), nouvelle école de robotique marine et sous-marine de l’UIMM, et l’Institut français de rec...