L’IA, un « cheval fou » à apprivoiser pour transformer l’économie

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Publié le 29 avril 2026
Faut-il craindre l’intelligence artificielle ou s’en réjouir ? Entre promesse de croissance, bouleversements du travail et défis environnementaux, la question divise et inquiète. C’est à cette question que s’attaque le cycle de conférences « Les grands enjeux économiques et internationaux » porté par l’Executive Education de Mines Paris – PSL, en partenariat avec la Direction générale du Trésor. L’économiste Philippe Aghion, professeur au Collège de France et prix Nobel d’économie 2025, était invité pour l’occasion. Il a permis d’éclairer ce débat avec un message empreint de nuance : l’IA n’est ni une fatalité ni une panacée, elle est un levier puissant, dont l’impact dépendra avant tout de nos choix collectifs. 

Une espace de dialogue

Entre recherche et décision publique

Dans un contexte marqué par des transformations rapides, numériques, climatiques et géopolitiques, le cycle de conférences « Les grands enjeux économiques et internationaux » se veut un lieu de réflexion et de transmission. En associant l’excellence académique de Mines Paris – PSL, à travers l’Executive Education, et l’expertise stratégique de la Direction générale du Trésor, ce cycle ambitionne de rapprocher les savoirs scientifiques des enjeux de décision. 

Inviter des chercheurs de premier plan comme Philippe Aghion participe de cette dynamique : donner à comprendre les mutations en cours, en s’appuyant sur des travaux rigoureux mais accessibles. 

 

L’IA

Une révolution conditionnée à l’innovation

Si l’intelligence artificielle a surgit dans nos vies en 2022, ses racines remontent aux années 1950 avec les travaux pionniers d’Alan Turing. Mais ce n’est que récemment qu’elle a connu une accélération spectaculaire, grâce à la combinaison des données massives et de la puissance de calcul. Pour Philippe Aghion, cette évolution marque un tournant décisif où l’humain veille à ce que l’ordinateur apprenne à identifier des relations statistiques entre les données. Autrement dit, la machine ne se contente plus d’exécuter : elle apprend, s’adapte, et transforme en profondeur les processus de production. 

Mais au-delà du progrès technique, l’IA a également considérablement impacté la croissance économique. Les premières observations sont frappantes : dans certaines entreprises, l’introduction de l’IA générative entraîne des gains de productivité extrêmement rapides et significatifs. Mais pour l’économiste, l’essentiel est ailleurs. L’IA ne se limite pas à automatiser des tâches, elle automatise aussi la production des idées. 

En facilitant la recombinaison des connaissances, l’IA accélère de façon durable l’innovation. Un potentiel comparable, voire supérieur, à celui des grandes révolutions technologiques passées. Pour autant, Philippe Aghion refuse tout déterminisme technologique : 

L’IA, c’est comme un cheval fou : si vous ne la maîtrisez pas, elle vous emmène dans le mur. Mais si vous la maîtrisez, elle peut vous emmener où vous voulez

Effets totaux attendus de l’adoption de l’IA sur la croissance.

 

Institutions

La clé pour orienter la révolution

Ce « cheval fou » ne se dompte pas seul. Son orientation dépend des institutions impliquant les politiques publiques, la régulation et la concurrence. L’économiste met en garde contre un risque bien connu : la concentration excessive du pouvoir économique. Comme lors des précédentes révolutions technologiques, certaines entreprises pourraient capter l’essentiel des gains, au détriment de l’innovation. 

D’où la nécessité d’un équilibre subtil : 

  • encourager l’investissement, notamment dans les infrastructures de calcul  
  • garantir une concurrence effective  
  • éviter une régulation excessive qui freinerait les nouveaux entrants  

L’enjeu est donc de créer un écosystème capable de tirer pleinement parti du potentiel de l’IA. 

L’IA permet d’anticiper l’arrivée des épisodes pluvieux (contrairement à la logique réactive traditionnelle) et de répondre intelligemment à l’épisode de dilution (plus d’eau moins polluée). 

 

L’emploi

Une transformation à accompagner

La question de l’emploi reste l’une des préoccupations majeures autour de l’IA. Là encore, Philippe Aghion adopte une position nuancée. 

L’IA va conduire à des destructions d’emplois, mais elle va aussi en créer.

Dans de nombreux cas, les gains de productivité renforcent la compétitivité des entreprises, stimulent la demande et, in fine, soutiennent l’emploi. Toutefois, les effets sont très différenciés selon les métiers, car les tâches répétitives et administratives sont les plus exposées, tandis que les activités impliquant créativité, interaction ou jugement restent plus résilientes. Le véritable enjeu n’est donc pas tant le volume d’emplois que leur transformation rapide. 

Effet de l’IA sur la productivité dès le premier mois (+14%), augmente encore au cours du deuxième mois et reste stable et persistant jusqu’à la fin de l’échantillon (+25%). 

 

Face à ces mutations, l’économiste insiste sur le rôle déterminant des politiques publiques. D’abord, l’éducation. Il ne s’agit pas seulement d’intégrer l’IA dans les apprentissages, mais aussi de préserver les fondamentaux : 

Il faut une école où l’on apprend à apprendre.

Lire, écrire, raisonner, démontrer : autant de compétences indispensables pour s’adapter à un monde en constante évolution. 

Ensuite, la formation continue et l’accompagnement des transitions professionnelles. Philippe Aghion plaide pour un modèle de « flexisécurité », inspiré du Danemark, combinant protection des travailleurs et forte mobilité. L’objectif étant de rendre les transitions « aussi lisses que possible » dans un environnement incertain. 

IA, climat et au-delà

Une responsabilité collective

Revenir sur les apports possibles de l’IA en matière de transition écologique, mais également sur les possibles effets rebonds et enjeux énergétiques sous-jacents est un passage obligé. Compatibilité entre intelligence artificielle et transition écologique est aujourd’hui une question de la plus haute importance et à laquelle il est nécessaire de répondre urgemment. 

L’IA offre des perspectives réelles. Elle peut contribuer à optimiser les systèmes énergétiques, affiner la gestion des ressources ou encore accélérer la recherche scientifique, notamment dans le domaine climatique. Mais ces promesses ne doivent pas masquer ses coûts, celle-ci reposant sur des infrastructures énergivores. Plus profondément, elle s’inscrit dans un modèle de croissance qui, historiquement, a contribué à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Innovation technologique et soutenabilité peuvent-elles réellement converger, ou sont-elles vouées à l’incompatibilité ? 

 


Pour aller plus loin

Les grands enjeux économiques internationaux : un cycle de conférences pour éclairer les décideurs

Trois questions pour comprendre comment dialoguent aujourd’hui l’État, la recherche scientifique et les décideurs autour des grandes mutations économiques mondiales.

Dans cette vidéo, Laurent Amice, Directeur général de l’Executive Education de Mines Paris – PSL, Dorothée Rouzet, Chief Economist à la Direction générale du Trésor, et Pierre Fleckinger, professeur et directeur du Centre Économie et Décision Publique, présentent la genèse et les objectifs d’un cycle de conférences dédié aux grands enjeux économiques internationaux.

Dans un monde marqué par la fragmentation géoéconomique, la transition écologique et les ruptures technologiques, ce partenariat entre la Direction générale du Trésor et Mines Paris – PSL repose sur une complémentarité forte : l’expertise de l’État stratège et l’excellence académique d’une grande école d’ingénieurs pluridisciplinaire, au service des décideurs économiques.

L’objectif : proposer aux dirigeants du secteur public et privé des clés de compréhension et d’anticipation pour éclairer leurs décisions stratégiques. Ensemble, ils offrent un espace de dialogue inédit entre décideurs publics, chercheurs et dirigeants d’entreprise. Ainsi, Mines Paris – PSL affirme son positionnement singulier : une école d’ingénieurs pluridisciplinaire, au cœur des enjeux économiques et stratégiques contemporains.

En savoir plus sur le cycle

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