Comprendre les polymères pour mieux les recycler : l’objectif de Christelle Combeaud
C’est lors de sa formation d’ingénieure en plasturgie à l’INSA Strasbourg que Christelle Combeaud découvre son goût pour la recherche appliquée. Très tôt, elle s’intéresse à des questions scientifiques directement connectées aux besoins industriels, avec une volonté claire : comprendre les matières plastiques pour mieux les utiliser.
Au fil de ses travaux de recherche, une autre dimension s’impose : celle du sens. Donner du sens à son travail, en contribuant à des solutions concrètes pour la société. Une démarche cohérente avec son engagement scientifique, tourné vers un enjeu majeur : le recyclage des plastiques.
Si le recyclage apparaît comme une solution incontournable face à la pollution plastique, il se heurte à une difficulté de taille : la variabilité des polymères recyclés. Contrairement aux polymères issus du pétrole, standardisés et homogènes, les plastiques recyclés présentent des propriétés mécaniques et thermiques très variables, ce qui complique leur mise en forme industrielle.
Cette variabilité impacte directement les procédés de fabrication : extrusion, étirage, soufflage de bouteilles, thermoformage… Autant d’étapes qui nécessitent une maîtrise fine du comportement physique et mécanique de la matière. Comprendre ces mécanismes, les anticiper et les optimiser constitue le cœur des recherches de Christelle Combeaud.
Les polymères, que l’on retrouve dans de nombreux plastiques et élastomères, possèdent une structure interne complexe, organisée à l’échelle microscopique. Lorsqu’ils sont chauffés ou étirés, cette organisation locale évolue, ce qui change leurs propriétés finales, qu’elles soient mécaniques, thermiques, optiques ou barrières.
Les recherches de Christelle Combeaud s’inscrivent précisément dans cette zone charnière entre :
Son objectif : relier les phénomènes microscopiques aux comportements macroscopiques observés à l’échelle des objets industriels.

Bi-étirage équilibré d’un PET amorphe, étiré à une température de 95 °C et une vitesse de déformation de 1.4 s-1.
Dans ses travaux, Christelle Combeaud étudie en particulier l’étirabilité des polymères au-dessus de leur température de transition vitreuse. À cette température critique, un polymère amorphe passe d’un état fragile/vitreux à un état ductile/caoutchoutique, ce qui permet de le mettre en forme.
En soumettant ces polymères à des étirements contrôlés, elle montre que :
En étudiant les liens entre température, chemin de déformation et organisation interne de la matière, elle éclaire des mécanismes fondamentaux tout en répondant à des enjeux très concrets de production et de durabilité des matériaux polymères déformés.

Champs de déformation longitudinal d’une préforme en PET recyclé, soufflée à 107 °C.
Pour répondre à ces défis, la chercheuse mène de nombreux projets en partenariat avec l’industrie de la plasturgie. Son objectif actuel : les aider à mieux comprendre l’influence de l’incorporation de matière plastique recyclée dans des matériaux vierges de référence et à adapter leurs procédés de production à ces nouveaux matériaux.
Elle pilote actuellement le projet de chaire industrielle CYCLADES au sein du CEMEF, en collaboration avec l’IPC (Centre technique Industriel de la Plasturgie et des Composites). Les objectifs de cette chaire sont de comprendre l’influence de l’incorporation de matière première recyclée (MPR) sur le comportement de matériaux polymères ou composites, au sein de différents domaines d’application (automobile, aéronautique, emballage, bâtiment…). Le chainage entre la mise en forme, les développements de microstructures et les propriétés finales est la stratégie scientifique adoptée, de façon à proposer une optimisation des procédés de mise en forme. Cette initiative ouvre la voie à de nouvelles collaborations entre recherche académique et industrielle, essentielles pour accélérer la transition vers une économie circulaire.

Spécialiste reconnue d’un domaine appliqué et utile à la société, Christelle Combeaud incarne une recherche engagée et tournée vers la transition écologique. En parallèle de son activité scientifique, elle se forme aujourd’hui à l’enseignement du yoga, dont elle transmet les bienfaits autour d’elle, avec la volonté de trouver équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
Cette diversité de parcours et de compétences fait d’elle un exemple inspirant de ce que peut être la recherche : exigence, humanité et connexion aux défis de notre temps.
À travers ce parcours scientifique, l’École affirme son engagement en faveur de la visibilité des femmes dans les sciences de l’ingénieur et des matériaux, et rappelle combien la diversité des trajectoires est un moteur de créativité et d’excellence scientifique. Valoriser ces recherches, c’est aussi montrer aux jeunes générations que les métiers de la recherche sont ouverts à toutes et tous, et qu’ils jouent un rôle central dans les transitions industrielles et technologiques.
À l’heure où les filières scientifiques peinent encore à atteindre une véritable mixité, la Journée internationale des femmes et des filles de science...