Bâtir une communauté pour penser le risque et la crise

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Publié le 29 juin 2026
Les crises ne surviennent plus de manière isolée : elles s’enchaînent, se renforcent mutuellement et dépassent les frontières entre secteurs, disciplines et institutions. Dans un tel contexte, comment développer une compréhension commune des risques et renforcer notre capacité collective à anticiper les crises ? C’est à cette question qu’a été consacrée la table ronde « Vers une communauté française du risque ? », organisée le 23 juin dans le cadre du Mines Paris Research Day 2026. Godefroy Beauvallet, directeur général de Mines Paris – PSL, Philippe Caduc, président-directeur général du Groupe ADIT, Franck Guarnieri, directeur du Centre de recherche sur les Risques et les Crises (CRC) de Mines Paris – PSL, et Geoffroy Roux de Bézieux, président de Notus Technologies et président d’honneur du MEDEF, y ont confronté leurs visions pour dessiner les contours d’une nouvelle culture du risque, plus transversale et davantage tournée vers l’action, notamment à travers la signature d’un partenariat stratégique entre Mines Paris – PSL et le Groupe ADIT, avec la création d’un Institut du risque.

Des risques et des crises qui dépassent les frontières des disciplines

Cyberattaques, tensions géopolitiques, dérèglement climatique, dépendances technologiques, désinformation, le constat est général : les risques contemporains ne peuvent plus être analysés de façon sectorielle. Ils s’entrecroisent, produisent des effets en cascade et rendent les organisations plus vulnérables.

Réunissant plus de 450 chercheurs, industriels, entrepreneurs et partenaires institutionnels autour des grands défis scientifiques et industriels contemporains, le Mines Paris Research Day constitue chaque année un temps fort de la recherche partenariale de Mines Paris – PSL. La table ronde « Vers une communauté française du risque ? », animée par Cédric Prunier, directeur du Développement, Partenariats, Entrepreneuriat et Valorisation (DPEV) de Mines Paris – PSL, a mis en lumière un enjeu devenu central : face à des risques désormais systémiques, aucune expertise ne peut prétendre agir seule.

Pour Geoffroy Roux de Bézieux, président de Notus Technologies et président d’honneur du MEDEF, cette évolution transforme profondément la manière dont les entreprises doivent intégrer le risque dans leur stratégie.

 

La géopolitique est rentrée en force dans les conseils d’administration. Le risque géopolitique est devenu un facteur de business.

Geoffroy Roux de Bézieux, président de Notus Technologies et président d’honneur du MEDEF

 

À travers son rapport sur la sécurité économique des entreprises remis au président de la République en septembre 2024, Geoffroy Roux de Bézieux souligne notamment la montée des risques liés aux ingérences étrangères, à l’espionnage économique ou encore aux cyberattaques, qui concernent désormais bien au-delà des seuls secteurs de la défense.

Cette évolution appelle un rapprochement inédit entre entreprises, services de l’État et monde académique afin de mieux partager les informations et construire une véritable « équipe de France » de la sécurité économique.

Intervenants de gauche à droite : Cédric Prunier, directeur du Développement, Partenariats, Entrepreneuriat et Valorisation (DPEV) de Mines Paris – PSL (animation), Godefroy Beauvallet, directeur général de Mines Paris – PSL, Geoffroy Roux de Bézieux, président de Notus Technologies et président d’honneur du MEDEF, Philippe Caduc, président-directeur général du Groupe ADIT, Franck Guarnieri, directeur du Centre de recherche sur les Risques et les Crises (CRC) de Mines Paris – PSL.

 

Construire un langage commun du risque

Chercheurs, industriels, spécialistes de la sûreté, gestionnaires de crise ou assureurs développent chacun leurs propres méthodes et leurs propres outils, sans toujours disposer d’espaces communs de dialogue et de partage. Pour Franck Guarnieri, directeur du Centre de recherche sur les Risques et les Crises (CRC), la difficulté ne réside pas dans le manque d’expertise, mais dans sa dispersion. Une approche interdisciplinaire articulant sciences de l’ingénieur, sciences humaines et sociales, humanités, modélisation et analyse des organisations se révèle indispensable.

Les communautés du risque existent déjà, mais elles se sont construites autour de spécialités très ciblées dialoguant encore trop peu entre elles : sécurité industrielle, cybersécurité, catastrophes naturelles, assurance des risques, sûreté de fonctionnement… Face à des risques désormais systémiques, cette fragmentation devient une limite.

 

La modélisation, qualitative et/ou quantitative, devrait être un langage commun qui permette à ces différentes communautés de partager des informations, des données et de construire ensemble.

Franck Guarnieri, directeur du Centre de recherche sur les Risques et les Crises (CRC) de Mines Paris – PSL

 

Les recherches menées au CRC explorent cette capacité à décloisonner les approches. Elles s’intéressent autant aux phénomènes techniques qu’aux interactions entre infrastructures, organisations, comportements humains et décisions publiques. Comprendre les crises contemporaines suppose ainsi de développer des représentations communes, capables de relier des expertises complémentaires plutôt que de les juxtaposer.

 

Former des ingénieurs capables de penser l’incertitude

La question du risque est au cœur de l’identité de l’École depuis sa création, en 1783, lorsqu’il s’agissait déjà de former des ingénieurs capables de garantir la sécurité des exploitations minières, tout en accompagnant le développement industriel.

Pour Godefroy Beauvallet, directeur général de Mines Paris – PSL, il ne s’agit plus seulement de développer des expertises de pointe, mais aussi de former des ingénieurs capables de relier les disciplines, de dialoguer avec des acteurs aux cultures différentes et d’appréhender des situations marquées par l’incertitude.

 

Quand on ne sait pas penser quelque chose, quand on n’a pas les concepts pour en parler, on va être dans le déni ou dans l’hyperspécialisation.

Godefroy Beauvallet, directeur général de Mines Paris – PSL

 

Cette ambition irrigue aussi bien les activités de recherche que les formations de Mines Paris – PSL. À travers des enseignements comme le cours Imaginer les crises, les élèves sont amenés à construire des scénarios prospectifs mobilisant sciences de l’ingénieur, géopolitique, sciences humaines ou encore analyse des récits, afin de développer une compréhension globale des phénomènes complexes.

En plaçant le dialogue entre disciplines, la recherche partenariale et l’anticipation au cœur de sa stratégie, Mines Paris – PSL affirme ainsi son rôle d’acteur scientifique au service des grandes transformations contemporaines. Former des ingénieurs capables de comprendre la complexité, d’évaluer les risques et d’éclairer la décision constitue aujourd’hui l’une des conditions essentielles pour répondre aux défis industriels, environnementaux et sociétaux.

Signature du partenariat stratégique entre le Centre de recherche sur les Risques et les Crises (CRC) de Mines Paris – PSL et le Groupe ADIT, instaurant la création d’un Institut du risque. De gauche à droite : Philippe Caduc, président-directeur général du Groupe ADIT, Godefroy Beauvallet, directeur général de Mines Paris – PSL.

 

Un partenariat pour structurer une communauté française du risque

Cette table ronde a également marqué une étape importante avec l’annonce d’un partenariat stratégique entre Mines Paris – PSL et le Groupe ADIT. Ce rapprochement témoigne d’un objectif commun : créer des passerelles durables entre le monde académique, les entreprises et les acteurs de la décision publique afin de développer une culture partagée du risque.

Président-directeur général du Groupe ADIT, Philippe Caduc a présenté les grandes lignes de cette initiative, qui entend fédérer des expertises aujourd’hui encore dispersées et développer de nouveaux outils de compréhension des risques contemporains.

 

Nous voulons créer une culture collective du risque et un véritable outil de souveraineté intellectuelle.

Philippe Caduc, président-directeur général du Groupe ADIT

 

Ce partenariat se concrétisera notamment par la création d’un Exécutive Master « Intelligence stratégique du risque » destiné à former une nouvelle génération de décideurs publics et privés capables d’évoluer dans un environnement marqué par l’incertitude. Plus largement, il s’inscrit dans le projet de création d’un Institut du risque, conçu comme un lieu de rencontre entre chercheurs, industriels, experts de terrain et acteurs institutionnels. L’objectif est de favoriser le partage d’expériences, de faire émerger de nouveaux cadres d’analyse et de contribuer à structurer une véritable communauté française du risque, capable d’anticiper les crises plutôt que de les subir.

 

Faire de la recherche un levier d’action collective

Cette table ronde illustre pleinement la vocation du Mines Paris Research Day : créer des passerelles entre recherche, industrie et décision publique afin d’apporter des réponses concrètes aux grandes transformations contemporaines. Une ambition qui fait pleinement écho à la recherche partenariale portée par Mines Paris – PSL qui tend à la création de nouveaux outils d’analyse et d’anticipation.

Alors que les risques deviennent de plus en plus systémiques, leur compréhension ne relève plus uniquement de l’expertise scientifique ou de la gestion opérationnelle. Elle suppose également de construire des référentiels communs, de favoriser le dialogue entre disciplines et de développer une culture partagée de l’anticipation. À travers cette initiative et le partenariat noué avec le Groupe ADIT, Mines Paris – PSL affirme ainsi son rôle de lieu de recherche, de formation et de coopération au service des grands enjeux de souveraineté et de résilience.

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