Une IA qui sécurise l’énergie : à OIE, mieux observer pour mieux prévoir
Rattaché à Mines Paris – PSL, le Centre Observation, Impacts, Énergie (OIE) développe des recherches mettant en lien Observation de la Terre (OT), systèmes énergétiques et modélisation des impacts environnementaux. Ces travaux s’inscrivent pleinement dans le champ de l’observation des ressources énergétiques, avec un accent particulier sur l’énergie solaire.
Les recherches menées à OIE visent un objectif clair : mieux mesurer, comprendre et prévoir la ressource solaire afin de faciliter l’intégration du photovoltaïque, à petite comme à grande échelle, dans les systèmes électriques. L’IA y est mobilisée non comme une boîte noire, mais comme un outil venant compléter et renforcer les modèles physiques.
La mesure du rayonnement solaire repose sur des sources de données multiples, chacune associée à des compromis entre précision spatiale et temporelle :
Ces données sont hétérogènes, tant par leurs formats que par leurs échelles. L’un des verrous majeurs de la recherche n’est donc pas seulement l’analyse physique, mais l’accès, l’alignement et la valorisation de ces données massives.

Station de surveillance solaire installée sur le toit du bâtiment I du campus de Mines Paris – PSL à Sophia Antipolis, dédiée à la mesure et à l’analyse de l’irradiation solaire de surface pour l’évaluation et la prévision du photovoltaïque ainsi que l’optimisation des systèmes énergétiques.
À OIE, l’IA est d’abord mobilisée pour accélérer et fiabiliser les workflows scientifiques. Des agents intelligents permettent aujourd’hui d’interroger des bases de données complexes, telles que Copernicus Atmosphere Monitoring Service (CAMS), ERA5, Copernicus regional reanalysis for Europe (CERRA) ou encore Météo-France. Ces utilisations sont basées sur des commandes en langage naturel, permettant de générer automatiquement des chaînes de traitement et de visualisation.
Ces travaux ont un impact concret puisqu’ils engendrent un temps de recherche recentré sur l’analyse physique et la compréhension des phénomènes, plutôt que sur la manipulation fastidieuse des données.
L’une des innovations les plus emblématiques développées à OIE, dans le cadre de la chaire de mécénat SciDoSol, est une caméra hémisphérique « low cost ». Conçue à partir de composants accessibles tels que des nano-ordinateurs Raspberry Pi et des caméras grand angle, elle est développée pour un coût d’environ 300 euros.
Placée face au ciel, cette caméra capture des images du couvert nuageux. Grâce à des réseaux de neurones convolutifs (CNN) pré-entraînés et adaptés aux images du ciel, elle permet :
La connaissance de l’état du ciel et de la caméra permet d’améliorer significativement la modélisation de l’irradiation solaire reçue par des panneaux photovoltaïques inclinés. Ces travaux débouchent sur des résultats très concrets, en fournissant notamment des prévisions solaires à très court terme, indispensables pour les gestionnaires de réseaux face à la forte variabilité de la production photovoltaïque.

Prototype de caméra hémisphérique « low cost » installé sur le toit du bâtiment I du campus de Mines Paris – PSL à Sophia Antipolis.

Dans les grandes centrales photovoltaïques, le rayonnement solaire n’est jamais homogène : un seul nuage peut plonger une partie du site dans l’ombre en quelques secondes. Pour anticiper ces variations, les chercheurs de l’OIE combinent modélisation physique et apprentissage profond.
Des simulations atmosphériques sont utilisées pour générer des images synthétiques du ciel, issues de multiples points de vue, des données rarement disponibles en pratique. À partir de ces images, des réseaux de neurones apprennent à prédire l’irradiation solaire au sol à des échelles spatiales fines, adaptées aux centrales photovoltaïques. Ces travaux apportent également des éléments concrets sur le nombre de caméras à installer au sein d’un site et sur leur positionnement optimal afin de maximiser la valeur des informations recueillies.
L’enjeu scientifique est clair : garantir que l’IA reste solidement ancrée dans la réalité physique, et ne repose pas uniquement sur des performances visuelles ou statistiques. C’est pourquoi ces approches sont confrontées à des réseaux réels de caméras du ciel, notamment en Allemagne, afin d’évaluer le réalisme physique des images générées.
L’arrivée des satellites météorologiques de troisième génération marque un tournant : résolution spatiale plus fine, images plus fréquentes… mais aussi nouveaux défis scientifiques. À ces échelles, les hypothèses classiques des modèles physiques, notamment l’indépendance des pixels, ne tiennent plus en raison des effets de parallaxe et de la structure tridimensionnelle des nuages.
Les travaux menés à OIE montrent que les réseaux de neurones convolutifs, capables de traiter simultanément l’information spatiale et spectrale, offrent des estimations plus précises du rayonnement solaire que les modèles physiques historiques.
Résultat : une évaluation plus fiable de la ressource pour les systèmes énergétiques, l’agriculture et la météorologie de l’énergie.
Autre avancée majeure : le projet DeepPVMapper, qui mobilise l’IA et l’imagerie aérienne pour cartographier les installations photovoltaïques sur toiture en France. En détectant près de 500 000 systèmes, cette méthode révèle une réalité largement sous-estimée par les registres officiels.
Les résultats sont sans appel :
La conséquence directe est une meilleure connaissance du parc photovoltaïque, indispensable pour la stabilité des réseaux électriques et la planification énergétique.

DeepPVMapper : cartographie des systèmes photovoltaïques installés sur les toits à partir d’ortho-images aériennes
À OIE, la performance ne se fait pas au détriment de la sobriété. Des travaux récents explorent des modèles d’IA peu coûteux en calcul, capables de prédire l’équilibre du mix énergétique (solaire, éolien, importations, production thermique) à partir de données historiques. L’objectif est de fournir des prévisions à court terme et à l’échelle de la journée suivante, en s’appuyant sur des calculs légers permettant un traitement rapide et un réentraînement fréquent des modèles. Ces informations sont particulièrement précieuses pour les systèmes opérationnels de gestion de l’énergie et du stockage.
Ces travaux ont été présentés lors du Workshop IA de Mines Paris – PSL, un temps fort destiné à valoriser les recherches en IA, favoriser les échanges entre chercheurs, doctorants et enseignants, et faire émerger de nouvelles synergies. À OIE, ce workshop illustre une dynamique collective : faire de l’IA un outil structurant de la recherche énergétique, au service de la transition écologique.
En combinant observation de la Terre, modèles physiques et IA, les recherches menées à OIE montrent que l’IA peut être bien plus qu’un outil de prédiction : un instrument de compréhension du monde physique, capable de rendre visibles des phénomènes invisibles et d’accompagner concrètement la transition énergétique.
Porté par ARMINES et Mines Paris – PSL sous la coordination du Centre Observation, Impacts, Énergie (O.I.E.) et avec le support du Centre de Gestion S...