Interview de Fadi Henri Nader, nouveau directeur du Centre de Géosciences : « le Centre est un acteur majeur des transitions et de la gestion durable des sols et des ressources du sous-sol : eau, minéraux, énergie »
À l’occasion de la Journée mondiale des sols qui s’est tenue vendredi 5 décembre dernier, cette prise de fonction réaffirme la place centrale du centre dans la connaissance, la préservation et la gestion durable des sols et des ressources du sous-sol, au service des transitions de nos sociétés.
J’ai découvert la géologie très tôt au Liban, dans un environnement où les paysages karstiques sont omniprésents. Entre scoutisme, spéléologie et premiers travaux de terrain, cette proximité avec les systèmes naturels m’a très vite orienté vers les géosciences.
Après une licence et durant mon master à l’American University of Beirut (AUB), j’ai travaillé six ans comme hydrogéologue de terrain, une période décisive qui a profondément ancré mon approche appliquée.
En 2000, j’ai obtenu une bourse du CNRS libanais pour réaliser une thèse à la KU Leuven en Belgique. De retour à l’AUB comme professeur assistant, j’ai ensuite rejoint IFP Energies nouvelles (IFPEN) en 2007, où j’ai développé des recherches sur les systèmes sédimentaires, les interactions fluide–roche et la caractérisation multi-échelle des réservoirs. Depuis 2019, je suis également professeur à l’Université d’Utrecht, titulaire de la chaire Multiscale Fluid–Rock Interactions.
Ces expériences — terrain, laboratoire, modélisation, enseignement — ont façonné une vision intégrée des géosciences, au cœur des enjeux énergie–ressources–environnement.
C’est cette vision que je souhaite aujourd’hui mettre au service du Centre de Géosciences.
Cette trajectoire s’est naturellement accompagnée d’une spécialisation scientifique centrée sur la compréhension fine des complexités du sous-sol. Mes travaux portent sur la sédimentologie et l’analyse intégrée des bassins, avec l’objectif d’éclairer les usages du sous-sol dans le contexte des transitions actuelles, qu’il s’agisse d’énergie ou de stockage. J’étudie en particulier la caractérisation et la modélisation multi-échelle des bassins sédimentaires, aquifères et réservoirs, de façon pluridisciplinaire. Les interactions roche–fluide constituent l’un de mes fils conducteurs scientifiques, à la fois au sein du laboratoire et sur le terrain ou dans mes travaux de modélisation, tout comme la transmission des savoirs : l’enseignement, le coaching et le mentoring sont des dimensions importantes de mon engagement académique.
Le Centre de Géosciences réunit des compétences uniques : terrain, expérimentation, modélisation, géochimie, géomécanique, géophysique… Il dispose aussi de moyens expérimentaux et numériques exceptionnels.
Pour moi, c’est une grande opportunité de faire partie de cette maison prestigieuse et de rejoindre un collectif d’excellence qui a le potentiel de contribuer réellement aux enjeux majeurs pour la transition énergétique, hydrogéologique et environnementale de nos sociétés.
Avant de définir une trajectoire, je souhaite d’abord écouter les équipes, comprendre leurs projets, leurs dynamiques et leurs besoins.
Avec ce regard préalable, trois axes me semblent structurants :
Cette vision n’est pas un programme arrêté, mais une base de discussion que je souhaite construire collectivement avec les équipes.
Les transitions énergétique, hydrogéologique et environnementale reposent sur une compréhension fine du sous-sol. Or, celui-ci est complexe, hétérogène et difficile à prédire — mais incontournable.
Dans ce contexte, le Centre de Géosciences a un rôle clé à jouer : produire de la connaissance fondamentale et appliquée, mais aussi contribuer au débat public par une expertise indépendante.
Le Centre de Géosciences mène depuis longtemps des travaux majeurs sur l’érosion, la dynamique sédimentaire et l’évolution des paysages, des processus essentiels pour comprendre la dégradation des sols.
Voici quelques contributions emblématiques du Centre de Géosciences :
Pour mener à bien l’ensemble de ces projets, le centre mobilise un ensemble d’outils et d’infrastructures de pointe. Nos équipes déploient des méthodes combinant relevés de terrain et analyses fines en laboratoire pour quantifier les taux d’érosion et caractériser les sédiments. Ces données alimentent ensuite des modèles numériques, tels que RUSLE qui évalue les pertes de sols par unité de surface, ou encore différentes modélisations de l’évolution du paysage, qui offrent des solutions pour tester un grand ensemble de scénarios climatiques tout en considérant de nombreux processus physiques, chimiques et biologiques. Nous nous appuyons également sur des plateformes expérimentales, capables notamment de simuler des événements extrêmes comme des pluies intenses dépassant 100 mm/h, le tout en collaboration avec l’Écotron de Nemours.
Ces travaux éclairent directement les enjeux agricoles, hydrologiques, climatiques et industriels.
Ces priorités seront construites collectivement avec les équipes, mais plusieurs pistes se dégagent déjà :
Ces chantiers doivent renforcer le positionnement du Centre de Géosciences comme un acteur scientifique de référence pour les transitions.
Alors que le changement climatique intensifie les épisodes extrêmes, une question cruciale s’impose : notre sol, ressource essentielle et pourtant fra...