DM une scientifique : Mines Paris – PSL mobilisée pour rendre les sciences plus accessibles, avec Sandrine Selosse

Egalité des chances Institutionnel Science et société Interview
Publié le 12 février 2026
À l’occasion de l’événement « DM une scientifique : échange par tchat avec une scientifique », Mines Paris – PSL s’est mobilisée pour renforcer le dialogue entre sciences et société. Plusieurs scientifiques de Mines Paris – PSL se sont engagées pour cette initiative nationale, en échangeant directement avec le public autour de leurs parcours et de leurs travaux de recherche, illustrant la diversité des disciplines et des engagements scientifiques portés par l’École. Parmi elles, Sandrine Selosse, directrice de recherche au Centre de Mathématiques Appliquées (CMA), partage dans cette interview son expérience de « DM une scientifique ».

Un format innovant pour rapprocher sciences et société

Organisé dans le cadre du projet SCIENCE AZUR, labellisé Science Avec et Pour la Société (SAPS) par le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Espace, l’événement « DM une scientifique » s’est tenu le 10 février 2026 sous la forme d’un tchat en ligne accessible au grand public et aux scolaires.

Pendant plusieurs heures, près d’une cinquantaine de femmes scientifiques (doctorantes, ingénieures, techniciennes et chercheuses) issues de disciplines variées ont répondu en direct aux questions des participantes et participants. Ce format d’échange, inspiré des codes des réseaux sociaux, a permis des discussions spontanées et directes autour des métiers scientifiques, des parcours professionnels et des thématiques de recherche actuelles.

À Mines Paris – PSL, cette dynamique s’est traduite par l’implication de plusieurs scientifiques aux profils complémentaires, engagées tant dans la recherche fondamentale que dans l’analyse des grands enjeux sociétaux contemporains.

L’objectif de l’initiative était de rendre les sciences plus accessibles, de déconstruire certaines représentations encore associées aux carrières scientifiques et de favoriser l’émergence de vocations, en particulier chez les plus jeunes.

Une mobilisation collective à Mines Paris – PSL autour de disciplines variées

Parmi les scientifiques mobilisées, Sandrine Selosse, directrice de recherche au Centre de Mathématiques Appliquées (CMA) de Mines Paris – PSL à Sophia Antipolis, a participé aux échanges dans le domaine des technologies bas carbone et des politiques publiques.

Docteure en Économie de la science et de l’innovation du GREDEG (CNRS – Université Côte d’Azur), elle mène des recherches consacrées aux politiques climatiques internationales et à la transition énergétique, qu’elle aborde à travers des modèles prospectifs du système énergétique. Ses travaux portent également sur les incitations au changement de comportements individuels, un levier essentiel pour réduire la consommation énergétique et accompagner les transformations sociétales nécessaires face aux enjeux climatiques.

Sa participation à « DM une scientifique » s’inscrit dans une démarche de partage des connaissances et de médiation scientifique, en donnant à voir des travaux de recherche étroitement liés aux grands défis contemporains. Sandrine témoigne ainsi de son engagement en faveur d’un dialogue renforcé entre sciences et société, de la valorisation des parcours scientifiques et de la diffusion des savoirs auprès de tous les publics.

Aux côtés de Sandrine Selosse, deux autres collaboratrices de Mines Paris – PSL ont pris part à l’opération « DM une scientifique ».

Rachel Pierre-Léandre, doctorante au Centre de Mathématiques Appliquées (CMA), mène des recherches en modélisation prospective et sur les inégalités structurelles. Ses travaux portent sur les trajectoires de transition énergétique en Martinique, en analysant la manière dont les héritages coloniaux et post-coloniaux continuent de structurer les inégalités économiques, énergétiques et sociales. Inscrites dans une perspective de post-croissance et de prospective décoloniale, ses recherches visent à repenser les modèles énergie-climat afin que les finalités sociales, distributives et politiques guident la construction des trajectoires de transition.

 

Discuter avec des jeunes m’a obligée à vulgariser mon métier pour leur transmettre l’envie de découvrir ces sujets, et m’a aussi fait repenser à ce que signifie être chercheuse et à notre place dans la société. C’était extrêmement enrichissant de partager, même au début de mon parcours,  la passion que j’ai pour la recherche.

Rachel Pierre-Léandre

 

Séverine A.E. Boyer, chercheure CNRS au sein de Mines Paris – PSL, conduit quant à elle des études fondamentales et finalisées sur les mécanismes de polymorphogenèse multi-échelle des matériaux structuraux, hybrides fonctionnels, à base organique, dans des conditions environnementales sévères ou complexes. Ses travaux, illustrés notamment par les phénomènes de cristallisation, solidification, gélification ou moussage, s’inscrivent dans des enjeux d’innovation de rupture, avec des applications dans des secteurs variés tels que le luxe et la beauté, les transports, les nouvelles énergies ou encore le recyclage et les bio-ressources.

Cette pluralité de champs de recherche témoigne de l’engagement de Mines Paris – PSL pour une science ouverte, ancrée dans les enjeux environnementaux, sociaux et industriels du futur.

Cette mobilisation fait écho à la volonté portée par Mines Paris – PSL de contribuer activement à une science plus ouverte, inclusive et en prise avec les enjeux de son temps.

Rencontre avec Sandrine Selosse

Directrice de recherche au Centre de Mathématiques Appliquées (CMA)

Qu’est-ce qui a été déterminant dans votre choix de vous orienter vers la recherche en économie et en énergie ?

« Mon intérêt pour ces domaines s’est construit autour de la volonté de comprendre les mécanismes qui orientent les choix et les comportements, qu’il s’agisse de la manière dont les connaissances sont produites et mobilisées, ou de l’élaboration des stratégies dans des secteurs en profonde transformation, tels que ceux de la transition énergétique et de la soutenabilité. »

Y a-t-il eu un moment clé ou une rencontre qui a influencé votre parcours de chercheuse ?

« Un moment clé de mon parcours a été mon arrivée au Centre de Mathématiques Appliquées, en 2008, et ma rencontre avec Nadia Maïzi. Au-delà de la rencontre, c’est surtout sa vision des enjeux énergétiques qui a marqué un tournant. C’est à partir de là que j’ai commencé à travailler concrètement dans le domaine de la transition énergétique, en l’abordant non seulement comme une question technique, mais comme un objet profondément systémique, fait de choix, d’arbitrages et de décisions, à l’interface entre modélisation et stratégie. Cette étape a également confirmé mon envie de m’inscrire durablement dans la recherche. »

En quoi vos travaux sur la transition énergétique et les comportements individuels résonnent-ils avec les préoccupations exprimées lors des échanges avec le public ?

« Les échanges avec le public, qu’il s’agisse du grand public ou de publics scolaires dans des actions de sensibilisation à la transition énergétique et au changement climatique, font souvent ressortir un même constat : la difficulté à se situer et à agir face à des enjeux complexes. Ils portent beaucoup sur la compréhension de ces enjeux, le sentiment de pouvoir agir à son échelle ou encore la portée des politiques publiques. Ces questionnements résonnent directement avec mes travaux, qui visent à éclairer les facteurs orientant les décisions et à proposer une lecture de long terme des évolutions de nos sociétés face aux défis de la transition énergétique. »

Pouvez-vous nous partager votre expérience de votre participation à « DM une scientifique » ? En quoi le format du tchat change-t-il la relation entre scientifiques et citoyens ?

« J’ai participé l’année dernière à l’initiative « DM une scientifique », qui a rencontré un public jeune et moins jeune, curieux de comprendre nos domaines de recherche mais aussi la manière dont nous exerçons notre métier. Une grande partie des échanges a également porté sur les parcours d’orientation et sur ce qui motive l’engagement dans une carrière scientifique et de chercheuse. J’ai trouvé le format du chat particulièrement intéressant car il instaure une dynamique différente, plus directe et plus simple. Le public ose également poser des questions plus personnelles que lors d’échanges en face à face, comme à la fête de la science par exemple. »

Pourquoi est-il important de rendre visibles des femmes scientifiques dans des disciplines comme l’économie, les technologies et la modélisation ?

« Rendre visibles des femmes scientifiques dans les disciplines comme scientifiques et techniques est essentiel, d’abord parce que ces domaines restent encore largement perçus comme masculins et que la mixité y demeure encore limitée. La visibilité permet de montrer la diversité des parcours possibles et de rendre ces métiers plus concrets et plus accessibles, notamment pour les jeunes. Les échanges avec le public, et en particulier avec les publics scolaires, montrent à quel point les questions d’orientation sont liées aux modèles auxquels on peut s’identifier. Donner à voir des femmes scientifiques, c’est élargir le champ des possibles, mais aussi rappeler que ces disciplines jouent un rôle central dans la compréhension et l’accompagnement des grandes transformations de nos sociétés. »

Quels leviers vous semblent aujourd’hui essentiels pour favoriser une plus grande mixité dans les sciences ?

« Plusieurs leviers complémentaires peuvent être activés pour favoriser une plus grande mixité dans les sciences. Le premier concerne l’orientation, dès le plus jeune âge, dans un contexte où l’autocensure reste encore présente. Il faut élargir le champ des possibles, montrer la diversité des parcours et des métiers scientifiques. La visibilité des femmes scientifiques en est un levier essentiel, en proposant des figures auxquelles les jeunes femmes peuvent s’identifier concrètement, en faisant évoluer les représentations et en facilitant la projection dans des disciplines où la mixité reste limitée. Les échanges avec le public, et en particulier avec les publics scolaires, montrent à quel point ces modèles comptent dans les choix d’orientation et dans la confiance à s’engager dans des carrières scientifiques. Multiplier les espaces de dialogue entre science et société contribue à rendre les métiers scientifiques plus visibles, plus concrets, plus accessibles. On peut agir aussi dans les environnements professionnels eux-mêmes, avec du mentorat par exemple, qui permet d’accompagner les parcours, pluriels, et soutenir les trajectoires professionnelles. Cela s’inscrit dans une action plus large qui vise à créer des environnements de travail plus inclusifs. »