Imaginer les crises 2026 : « Quelles crises dans un monde localisé où les macro-organisations ont disparu ? »
Le cours « Imaginer les crises » propose un apprentissage au croisement de plusieurs disciplines. Les élèves travaillent pendant cinq demi-journées sur des problématiques complexes, pour lesquelles il faut non seulement mobiliser des connaissances et des techniques d’ingénieurs, mais aussi comprendre les dynamiques sociales et humaines, articuler les travaux collectifs et construire des récits cohérents.
L’encadrement est assuré par les enseignants du Centre de recherche sur les Risques et les Crises (CRC), Aurélien Portelli et Justin Larouzée, et par un comité d’experts issus de domaines divers : gestion de crise et résilience, procédés industriels, géopolitique et défense, narration, mise en scène… Cette supervision rapprochée permet aux élèves de bénéficier de points de vue multiples et d’approfondir leurs réflexions à la fois sur les aspects techniques, organisationnels et humains des crises.

Équipe d’encadrement du cours « imaginer les crises » 2026
À travers la méthode de l’expérience de pensée, les élèves sont invités à concevoir des scénarios de crise. L’exercice consiste à imaginer leur genèse et leurs effets immédiats dans un monde plausible, puis à analyser comment ces crises se propagent et impactent les systèmes sociotechniques (agents humains et non-humains).
Cette approche originale permet de développer des compétences analytiques et réflexives chez de futurs ingénieurs, tout en mettant l’accent sur la créativité et la capacité à envisager des scénarios disruptifs.

La conférence inaugurale d’Olivier Rey, mathématicien et philosophe au CNRS, a introduit la notion de question d’échelles, essentielle pour investiguer le thème choisi pour l’édition 2026 du cours
Pour cette édition, les élèves ont dû concevoir des scénarios plausibles et réalistes dans un monde où les grandes organisations politiques, économiques et sociales auraient disparu, laissant place à des unités locales plus ou moins autonomes. En recourant à la méthode de l’expérience de pensée, ils ont exploré des situations de crise, interrogeant les limites des modèles de sécurité et les capacités d’adaptation des acteurs face à l’inattendu.
Chaque groupe a produit un scénario unique, structuré et plausible, combinant des données scientifiques disponibles avec une réflexion sur les conséquences sociales, économiques et politiques.

Atelier de travail d’un groupe d’élèves
Les encadrants Aurélien Portelli et Justin Larouzée partagent : « L’époque actuelle se caractérise par une critique de plus en plus radicale des grands systèmes de gouvernance et de production, et la valorisation d’initiatives locales en matière d’organisation. Les élèves du cycle Ingénieur Civil de Mines Paris – PSL ne sont pas étrangers à ces réflexions. Sans remettre en cause les vertus de ces propositions, il est toutefois possible d’identifier un biais utopiste consistant à croire qu’un retour à la petite échelle représenterait une panacée qui exempterait les individus des problèmes de vivre ensemble, de gestion des ressources, d’interaction avec l’environnement, mais aussi d’incidents, d’accidents et de crises. Nous avons donc souhaité inviter nos élèves à interroger les logiques spécifiques qui régissent les petits ensembles, l’importance des seuils et les effets de bifurcation ou de rupture dus à leurs franchissements. »
Les scénarios imaginés par les élèves vont au-delà de la simple analyse technique. Ils intègrent des infrastructures, des réseaux, des systèmes complexes et les interactions entre technologie et société, tout en prenant en compte les réactions des communautés locales face à des crises inédites. L’exercice demande de maintenir une cohérence avec le monde imaginé, respectant les lois physiques et les critères de plausibilité, ce qui exige un équilibre subtil entre rigueur scientifique et inventivité narrative.

Atelier de travail d’un groupe d’élèves
Dans cette vidéo, le groupe de Malo et Thomas revient sur l’un des scénarios développés. Ils montrent comment ils se sont approprié la méthode de l’expérience de pensée pour élaborer un raisonnement structuré à partir d’une situation plausible.
Dans ce scénario, les élèves ont imaginé une communauté qui survit autour d’une centrale à charbon devenue vitale, donnant naissance à une société hiérarchisée, où savoir technique et pouvoir religieux s’entremêlent. La dégradation progressive des connaissances conduit finalement à une défaillance technique majeure, révélant les fragilités du système et provoquant une crise globale.
Ils présentent également leur démarche de travail ainsi que les apports de l’exercice, notamment pour appréhender les interdépendances entre systèmes et anticiper des situations complexes.
La restitution du cours s’organise en plusieurs temps complémentaires, reflétant les différentes dimensions du travail mené par les élèves.
Dans un premier temps, une tribune collective propose une lecture transversale de l’ensemble des scénarios. Rédigée à l’échelle de la promotion, elle constitue un espace d’expression dans lequel les élèves formulent une réflexion partagée sur les valeurs, les représentations et les tensions qui traversent les crises imaginées. Là où les scénarios explorent des situations singulières, la tribune met en perspective les enseignements collectifs et le regard porté sur le monde et ses évolutions.
Les scénarios de crise sont ensuite présentés sous forme de saynètes, interprétées par les élèves. Celles-ci permettent d’incarner les situations imaginées et ainsi de rendre perceptibles les tensions et les affects à l’œuvre dans les scénarios de crise.

Présentation des scénarios de crise sous forme de saynètes

Restitution collective lors de la Tribune
Ce dispositif est enrichi par le travail du facilitateur graphique, Frédéric Debailleul, dont la fresque accompagne et synthétise visuellement l’ensemble des travaux réalisés durant ce cours. En capturant les idées, les interactions et les enchaînements de phénomènes, elle offre une représentation globale des crises étudiées et des liens entre leurs différentes composantes.

Restitutions en direct de Frédéric Debailleul, facilitateur graphique
L’ensemble compose une restitution à plusieurs niveaux, où l’incarnation, l’analyse collective et la visualisation se complètent pour rendre intelligible la complexité des situations explorées.
Cliquez pour agrandir la fresque :
Les travaux de l’édition 2026 seront présentés lors de la Fête de la Science 2026 en octobre sur le campus parisien et accessibles par la suite en ligne sur le site de l’École. Le public pourra explorer en détail les scénarios, découvrant ainsi l’ampleur et la profondeur de l’expérience pédagogique.
Du 24 au 26 février 2025, les élèves de 3e année du Cycle Ingénieur Civil (P21) ont participé à l’enseignement « Imaginer les crises », un cours phare...