Un projet étudiant structuré autour de la sensibilisation
C’est dans le cadre de son parcours d’ingénieure qu’Aurélie Reynaud s’est engagée dans une initiative ambitieuse, aux côtés de trois étudiants d’AgroParisTech et de l’Institut Agro Dijon. Ensemble, ils ont fondé l’association Sous l’aile du pygargue, avec un objectif clair : contribuer à la sensibilisation du grand public, en particulier des plus jeunes, aux enjeux environnementaux contemporains.

(De gauche à droite) Natacha Berne (Institut Agro Dijon), Tanguy Labaeye (AgroParisTech), Alix Lesage (AgroParisTech) et Aurélie Reynaud (Mines Paris – PSL – AgroParisTech) – Crédit Sous l’aile du pygargue
Pensé dès 2023, le projet repose sur un triptyque cohérent : une expédition de terrain à la rencontre des acteurs impliqués dans les problématiques, la production d’un documentaire destiné au grand public et la diffusion de contenus pédagogiques. L’ensemble vise à rendre accessibles des connaissances scientifiques, tout en donnant à voir, comme inspiration, des exemples concrets de gestion des milieux naturels.
Une immersion de quatre mois au cœur des écosystèmes nordiques
Entre mars et juillet 2024, l’équipe a parcouru trois pays reconnus pour leurs politiques environnementales et leurs approches de conservation : la Norvège, la Suède et la Finlande. Sur place, les étudiants ont mené une quarantaine d’entretiens avec une diversité d’acteurs : chercheurs, institutions publiques, éleveurs, pêcheurs, forestiers ou encore associations.

Au fil de leur voyage, ils ont traversé des paysages emblématiques (fjords, montagnes, taïga, tourbières) qui constituent autant de terrains d’observation des transformations environnementales en cours. Les personnes rencontrées leur ont partagé à la fois leurs constats, leurs inquiétudes face aux évolutions climatiques, mais aussi les solutions et perspectives envisagées localement.

Cette pluralité de points de vue constitue un élément central de la démarche : confronter les analyses scientifiques aux réalités de terrain et aux pratiques professionnelles, afin de proposer une lecture globale des acteurs et des enjeux étudiés.
Des problématiques environnementales analysées à différentes échelles
Le travail mené s’articule autour de plusieurs thématiques clés, qui illustrent les effets du changement climatique et des activités anthropiques sur des écosystèmes variés :
- Les milieux marins, avec l’étude de l’impact du réchauffement des eaux sur les populations de poissons et les activités de pêche ;
- Les systèmes agro-pastoraux, à travers les mutations de l’élevage de rennes en Laponie, directement affecté par les variations climatiques ;
- Les écosystèmes terrestres, notamment le drainage des tourbières suédoises et finlandaises, pourtant essentielles au stockage du carbone, ainsi que les forêts suédoises confrontées à de nouvelles pressions biotiques (insectes) ;
- La biodiversité, avec l’exemple du phoque du lac Saimaa, une espèce endémique menacée ayant fait l’objet de programmes de sauvegarde.

Confection à Savonlinna (Finlande) de pièges à poissons adaptés aux phoques du lac Saimaa – Crédit Sous l’aile du pygargue
Au-delà du constat, le projet met l’accent sur les réponses apportées localement : politiques publiques, pratiques agricoles, initiatives scientifiques ou associatives.

Rencontre avec See Salmon en Norvège sur la thématique des espèces marines impactées par le réchauffement des mers – Crédit Sous l’aile du pygargue
Un documentaire comme outil de transmission
Ces travaux ont donné lieu à la réalisation du documentaire Au-delà du cercle, entièrement conçu et produit par les étudiants. Diffusé en ligne, il s’inscrit dans une logique de vulgarisation scientifique, en rendant accessibles à tous des problématiques complexes, sans en simplifier les enjeux.
Le film s’appuie sur les témoignages recueillis tout au long de l’expédition et propose une lecture accessible et incarnée des enjeux, en mettant en avant le rôle du collectif et les leviers d’action possibles face aux défis environnementaux.

En parallèle, l’association développe des formats courts par thématique, diffusés notamment auprès de collégiens et lycéens via un réseau d’enseignants partenaires. Cette dimension pédagogique prolonge le travail de terrain et ancre le projet dans une dynamique de transmission.
Le pygargue, un symbole de résilience
Le choix du nom de l’association fait référence au pygargue à queue blanche, espèce emblématique des régions nordiques. Longtemps menacé par les activités humaines (pollution, destruction de l’habitat, chasse), cet oiseau a vu ses populations se reconstituer grâce à des politiques de protection mises en place au cours du XXe siècle.
Ce parcours illustre une idée structurante du projet : si les activités humaines peuvent fragiliser les équilibres écologiques, elles peuvent également contribuer à leur restauration, à condition de mobiliser des connaissances scientifiques et des actions adaptées.

Trois questions à Aurélie Reynaud