« Au-delà du cercle » : l’expédition d’Aurélie en Scandinavie pour documenter les réponses aux défis environnementaux

Formation Transition écologique Interview
Publié le 3 avril 2026
En année de césure, Aurélie Reynaud (3A, option Géosciences, double diplôme Mines Paris – PSL | AgroParisTech) a cofondé avec ses camarades Alix Lesage, Natacha Berne et Tanguy Labaeye, l’association « Sous l’aile du pygargue » et mené une expédition de quatre mois en Norvège, Suède et Finlande. À la clé : un documentaire, « Au-delà du cercle », qui explore les impacts du changement climatique et met en lumière des stratégies concrètes de gestion de problématiques environnementales.

 

Un projet étudiant structuré autour de la sensibilisation

C’est dans le cadre de son parcours d’ingénieure qu’Aurélie Reynaud s’est engagée dans une initiative ambitieuse, aux côtés de trois étudiants d’AgroParisTech et de l’Institut Agro Dijon. Ensemble, ils ont fondé l’association Sous l’aile du pygargue, avec un objectif clair : contribuer à la sensibilisation du grand public, en particulier des plus jeunes, aux enjeux environnementaux contemporains.

(De gauche à droite) Natacha Berne (Institut Agro Dijon), Tanguy Labaeye (AgroParisTech), Alix Lesage (AgroParisTech)  et Aurélie Reynaud (Mines Paris – PSL – AgroParisTech) – Crédit Sous l’aile du pygargue

Pensé dès 2023, le projet repose sur un triptyque cohérent : une expédition de terrain à la rencontre des acteurs impliqués dans les problématiques, la production d’un documentaire destiné au grand public et la diffusion de contenus pédagogiques. L’ensemble vise à rendre accessibles des connaissances scientifiques, tout en donnant à voir, comme inspiration, des exemples concrets de gestion des milieux naturels.

 

Une immersion de quatre mois au cœur des écosystèmes nordiques

Entre mars et juillet 2024, l’équipe a parcouru trois pays reconnus pour leurs politiques environnementales et leurs approches de conservation : la Norvège, la Suède et la Finlande. Sur place, les étudiants ont mené une quarantaine d’entretiens avec une diversité d’acteurs : chercheurs, institutions publiques, éleveurs, pêcheurs, forestiers ou encore associations.

Au fil de leur voyage, ils ont traversé des paysages emblématiques (fjords, montagnes, taïga, tourbières) qui constituent autant de terrains d’observation des transformations environnementales en cours. Les personnes rencontrées leur ont partagé à la fois leurs constats, leurs inquiétudes face aux évolutions climatiques, mais aussi les solutions et perspectives envisagées localement.

Cette pluralité de points de vue constitue un élément central de la démarche : confronter les analyses scientifiques aux réalités de terrain et aux pratiques professionnelles, afin de proposer une lecture globale des acteurs et des enjeux étudiés.

 

Des problématiques environnementales analysées à différentes échelles

Le travail mené s’articule autour de plusieurs thématiques clés, qui illustrent les effets du changement climatique et des activités anthropiques sur des écosystèmes variés :

  • Les milieux marins, avec l’étude de l’impact du réchauffement des eaux sur les populations de poissons et les activités de pêche ;
  • Les systèmes agro-pastoraux, à travers les mutations de l’élevage de rennes en Laponie, directement affecté par les variations climatiques ;
  • Les écosystèmes terrestres, notamment le drainage des tourbières suédoises et finlandaises, pourtant essentielles au stockage du carbone, ainsi que les forêts suédoises confrontées à de nouvelles pressions biotiques (insectes) ;
  • La biodiversité, avec l’exemple du phoque du lac Saimaa, une espèce endémique menacée ayant fait l’objet de programmes de sauvegarde.

Confection à Savonlinna (Finlande) de pièges à poissons adaptés aux phoques du lac Saimaa – Crédit Sous l’aile du pygargue

Au-delà du constat, le projet met l’accent sur les réponses apportées localement : politiques publiques, pratiques agricoles, initiatives scientifiques ou associatives.

Rencontre avec See Salmon en Norvège sur la thématique des espèces marines impactées par le réchauffement des mers – Crédit Sous l’aile du pygargue

Un documentaire comme outil de transmission

Ces travaux ont donné lieu à la réalisation du documentaire Au-delà du cercle, entièrement conçu et produit par les étudiants. Diffusé en ligne, il s’inscrit dans une logique de vulgarisation scientifique, en rendant accessibles à tous des problématiques complexes, sans en simplifier les enjeux.

Le film s’appuie sur les témoignages recueillis tout au long de l’expédition et propose une lecture accessible et incarnée des enjeux, en mettant en avant le rôle du collectif et les leviers d’action possibles face aux défis environnementaux.

En parallèle, l’association développe des formats courts par thématique, diffusés notamment auprès de collégiens et lycéens via un réseau d’enseignants partenaires. Cette dimension pédagogique prolonge le travail de terrain et ancre le projet dans une dynamique de transmission.

Le pygargue, un symbole de résilience

Le choix du nom de l’association fait référence au pygargue à queue blanche, espèce emblématique des régions nordiques. Longtemps menacé par les activités humaines (pollution, destruction de l’habitat, chasse), cet oiseau a vu ses populations se reconstituer grâce à des politiques de protection mises en place au cours du XXe siècle.

Ce parcours illustre une idée structurante du projet : si les activités humaines peuvent fragiliser les équilibres écologiques, elles peuvent également contribuer à leur restauration, à condition de mobiliser des connaissances scientifiques et des actions adaptées.

Trois questions à Aurélie Reynaud

Double diplôme Mines Paris – PSL | AgroParisTech – 3A, option Géosciences

Secrétaire générale de l’association Sous l’aile du pygargue

Quel a été le point de départ du projet Sous l’aile du pygargue, et comment s’est construite l’expédition en Scandinavie ?

Le projet est né il y a maintenant 3 ans, lors de notre deuxième année d’école. Tanguy et Alix suivaient une dominante en agronomie, Natacha en agroalimentaire, et moi en gestion de l’environnement. Nous rêvions tous les 4 de profiter de l’opportunité qu’offre la césure pour réaliser un projet personnel qui ait du sens. Nous souhaitions découvrir de nouvelles perspectives dans nos domaines respectifs, et contribuer à la sensibilisation au changement climatique. Nous avons alors eu l’idée d’aller observer des problématiques agronomiques et écosystémiques auxquelles sont confrontés les pays nordiques, et les pratiques qu’ils mettent en place pour tenter d’y remédier.

Nous avons rapidement identifié cinq thématiques majeures qui nous passionnaient : la sylviculture, les ressources marines, l’élevage de rennes, ainsi que les tourbières et le phoque endémique du lac Saimaa. La suite de l’expédition s’est construite au gré des rendez-vous que nous avons réussi à obtenir avec des chercheurs, des entreprises, des éleveurs, des citoyens etc.

Tourbière de Linnunsuo (Finlande), de gauche à droite : Tanguy Labaeye, Natacha Berne, Aurélie Reynaud, Alix Lesage – Crédit Sous l’aile du pygargue

Quelles différences ou points communs avez-vous observés dans les stratégies de gestion des écosystèmes entre les pays visités ?

Ce n’est pas évident de comparer les stratégies de gestion de ces pays car les thématiques ne sont pas forcément communes aux trois territoires.

Cependant, nous avons observé des points communs notamment concernant les tourbières, que nous avons étudiées en majorité en Finlande, mais également un peu en Suède. Ces deux pays portent des initiatives de restauration des tourbières drainées, et investissent dans la recherche et des programmes expérimentaux, afin de trouver les solutions les plus adaptées.

Un autre point commun réside dans l’approche de la restauration : l’idée est de tenter de recréer un fonctionnement proche de son état « originel ». Nous l’avons observé avec la remise en eau des tourbières drainées, mais aussi pour le phoque du lac Saimaa, où des nids artificiels miment les tas de neige naturels pour pallier le manque de neige dû au réchauffement. Dans les deux cas, on cherche à restaurer artificiellement les fonctions de l’écosystème.

La principale différence réside selon moi dans la gouvernance des problématiques étudiées. La Norvège a réussi à mettre en place une structure législative à diverses échelles autour de la pêche et de l’aquaculture, afin d’assurer la pérennité de leurs stocks face au réchauffement des mers. Chez les voisins suédois et finlandais, la régulation semble plus souple ou plus difficile à mettre en place : le drainage des tourbières finlandaises n’est pas directement interdit, et aucune loi n’impose un changement drastique des pratiques sylvicoles suédoises pour diversifier les essences. Il ne faut pas oublier également que la Norvège n’est pas dans l’Union Européenne, les cadres législatifs de ces pays ne sont donc pas complètement comparables.

En quoi cette expérience de terrain influence-t-elle votre approche du rôle de l’ingénieur face aux enjeux environnementaux ?

Cette expérience m’a fait prendre conscience que les enjeux environnementaux se matérialisent de façon très variée à l’échelle locale : les conséquences, qu’elles soient directes ou indirectes, sont spécifiques à un territoire.

Cette expédition m’a également permis de mieux mesurer les enjeux culturels et sociaux qui sous-tendent ces thématiques.

Je pense qu’il est indispensable, en tant qu’ingénieur, d’envisager les enjeux et de concevoir des solutions à l’échelle du territoire, car chaque écosystème réagit différemment aux impacts du changement climatique.

 


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