Séminaire sur les « Modèles de l’ingénieur : approches historiques et perspectives »

Science et société Hybride
Le 11 Février 2026

La Bibliothèque accueillera le 11 février prochain de 14h00 à 18h00 un séminaire sur les « Modèles de l’ingénieur : approches historiques et perspectives« , ouvert à tous les membres de l’Université PSL.

La formation de l’ingénieur généraliste représente aujourd’hui un pilier du modèle d’excellence des Grandes Écoles françaises. Professionnel doté d’une solide formation scientifique et technique, enrichie par des compétences en gestion de projet, en innovation et par une approche systémique des grands enjeux contemporains, il est en mesure de pouvoir intervenir dans n’importe quel contexte sur des profils variés. Adaptabilité est la compétence clé.

Mais au-delà de ces enjeux pédagogiques se trouve une figure spécifique, dont la place n’est pas aisée à déterminer et qui le distingue d’autres statuts (« administrateur », « conservateur », etc.). Historiquement, sa formation et son périmètre d’intervention sont progressivement étendus, avec l’introduction de nouvelles disciplines comme la chimie industrielle, l’électricité et l’économie. Quelle place doit occuper la recherche scientifique dans ce cursus ? S’agit-il d’une formation à visée seulement pratique et contingente ? Y aurait-il une place pour de nouvelles disciplines dans les cursus : droit, humanités, etc. ?

A l’heure où les problématiques sont de plus en plus interdépendantes et ouvertes, faut-il faire évoluer le lien entre l’ingénieur et la science ? Peut-il être perdu ?

A l’articulation entre science fondamentale, recherche appliquée et industrie, le séminaire accueilli à la bibliothèque de Mines Paris – PSL cherchera à faire le point.

Informations pratiques

  • Le 11 février 2026 de 14h à 18h
  • La bibliothèque (places limitées à 50). Il est aussi possible d’y participer en visio.

 

Inscriptions


Déroulé des interventions

  • 13h45-14h10 Accueil café (hall de la bibliothèque)
  • 14h10- 14h20 Ouverture par Godefroy Beauvallet, Directeur général de Mines Paris – PSL
  • 14h20-14h30 Sébastien Perrin (Bibliothèque de Mines Paris – PSL) « Traces de l’ingénieur généraliste »
  • 14h30-15h00 Armand Hatchuel (CGS, Mines Paris – PSL) Les modèles de l’ingénieur à travers l’histoire de l’École des Mines
  • 15h00-15h30 Pascal Le Masson (CGS, Mines Paris – PSL) Innovation et modèles émergents de la formation des ingénieurs
  • 15h30-16h00 Échanges et pause
  • 16h00-16h30 Alba Marcellan (SIMM, ESPCI Paris -PSL) Modèles et contre-exemples
  • 16h30-17h00 Samuel Forest (MAT, Mines Paris – PSL) Science et industrie : de la recherche à l’enseignement
  • 17h00-17h30 Sébastien Travadel (CRC, Mines Paris – PSL) Retrouver un pouvoir d’agir
  • 17h30-17h45 Échanges 17h45-18h00
  • Conclusion : DIRENS

Résumés des interventions

Armand Hatchuel : Les modèles de l’ingénieur à travers l’histoire de l’École des Mines

Les plus anciennes Écoles d’Ingénieur ont connu de nombreux chocs tout au long de leur histoire. D’une part, les transformations des champs scientifiques et des industries auxquelles elles s’étaient dédiées ; d’autre part, celle des fonctions et des responsabilités dévolues aux ingénieurs dans leurs activités et dans la société. L’histoire de l’École des Mines de Paris offre un témoignage des évolutions suscitées par ces chocs : elle souligne notamment le rôle croissant et spécifique de la recherche comme moteur d’adaptation créative et de légitimité sociétale pour ces institutions.
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Pascal Le Masson : Innovation et modèles émergents de la formation des ingénieurs

Les enjeux de souveraineté industrielle et les besoins d’innovation des sociétés ont régulièrement conduit à faire évoluer la formation des ingénieurs. C’est particulièrement le cas aujourd’hui où les transitions climatiques et les transformations des entreprises conduisent de nombreux pays à développer de nouveaux modèles de formation intégrant les avancées récentes de la recherche sur l’innovation et la conception, comme en témoignent des initiatives dans les pays scandinaves, en Italie ou en Indes mais aussi en France avec le nouveau programme France 2023 Design et Conception pour les Transitions auquel participe PSL.
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Alba Marcellan : Modèles et contre-exemples

Après une formation doctorale à l’École des Mines de Paris, depuis près de 20 ans, j’enseigne la matière molle à Sorbonne Université et je fais ma recherche à l’ESPCI. Dans mon intervention, j’essaierai de comparer ces trois modèles qui cherchent tous à allier formation scientifique, recherche d’excellence et innovation. La place de l’enseignant-chercheur est au cœur de cette dynamique, avec des marqueurs propres à chaque établissement.
Si des distinctions prestigieuses récompensent la recherche – elles sont nombreuses dans ces trois établissements –, la qualité de la formation et sa pertinence est plus complexe à évaluer. Comment ajuster les formations au plus près des besoins ?  Dans un monde en évolution rapide, l’agilité de nos étudiants à adapter leur parcours professionnel tout au long de la vie est certainement la perspective commune à nos formations. Entre utilisation systémique de l’IA et sobriété utopique, les modèles de société et les ambitions professionnelles de nos étudiants sont aujourd’hui un « peu » bouleversés. L’enseignant fait face à des étudiants qui remettent en cause les liens pourtant bien établis entre formation, recherche et industrie. Mêmes faibles, ces signaux nous interpellent d’une part sur le positionnement de nos enseignements vis-à-vis de nos partenaires socio-économiques et d’autre part sur la mutation des aspirations de cette nouvelle génération.
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Samuel Forest : Science et industrie : de la recherche à l’enseignement

Les matériaux et les structures utilisés par les ingénieurs constituent de nouveaux objets de recherche scientifique. Ils révèlent l’existence de phénomènes physiques que l’on ne rencontre pas dans les objets de la nature. La richesse de la microstructure et des modes de déformation mécanique d’un acier est supérieure à celle du fer pur, ce qui requiert une exploration scientifique tout aussi exigeante et inventive. Il y a cent ans, Henry Le Chatelier, icône du professeur inspiré et dévoué à l’École des mines, tissait des liens entre recherche et industrie dans le domaine des sciences des matériaux. Peu après, Albert Caquot, ingénieur constructeur hors pair et scientifique invétéré, enseigne la mécanique à l’École des mines à la lumière de ses réalisations techniques fabuleuses. Aujourd’hui, les industries modernes des transports, de la transformation de la matière et de la production d’énergie contribuent de plus belle à irriguer l’enseignement de la mécanique et des matériaux à l’École des mines.
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Sébastien Travadel : Retrouver un pouvoir d’agir

La figure de l’ingénieur généraliste s’est construite historiquement autour du foisonnement des domaines d’application de la technique. Aujourd’hui, sa reconfiguration s’inscrit dans trois dynamiques qui se développent selon différentes temporalités : la poursuite de la généralisation des logiques de modélisation et d’efficacité ; dans certains domaines, l’accélération de cette tendance liée au numérique et à l’artificialisation des environnements ; et l’évolution récente des représentations sociales de la performance, marquée par une relative revalorisation du vivant, de l’imperfection et du ralentissement.
Faire sens de son action dans ce contexte requiert non seulement de mobiliser des savoirs techniques et scientifiques variés, mais également de prendre en compte des liens parfois masqués entre l’ingénierie et la Nature. Dès lors, la formation des ingénieurs ne souffre pas tant d’un déficit de savoirs – ceux-ci sont largement accessibles – que d’un affaiblissement du pouvoir d’agir. Face à la saturation des curricula des formations d’ingénieur, il apparaît nécessaire de privilégier des dispositifs d’envergure favorisant l’autonomie, l’expérimentation et la capacité d’intervention directe. Les élèves doivent être exposés à des projets ambitieux et structurés dans la profondeur, aboutissant à des solutions pleinement fonctionnelles en réponse à des demandes réelles, mêlant fabrication de machines et d’équipements, transformation de matériaux, développements numériques ou encore interaction avec des humains et leurs sociétés. Il s’agit de confronter les futurs ingénieurs aux défis d’une intervention dans le réel et à ses conséquences, aux compromis et aux choix nécessaires, pour leur donner pleinement la capacité à créer le monde auquel ils aspirent.