Expédition Fréole : en césure, Raphaël met un voilier au service de la recherche sur les océans et le climat entre Ushuaïa et Porto
De janvier à juillet 2026, Raphaël Pietravalle (P24), élève du cycle Ingénieur civil de Mines Paris – PSL en année de césure, mène l’Expédition Fréole, une campagne scientifique à la voile entre Ushuaïa et Porto (Portugal). À bord de voiliers d’opportunité transformés en stations scientifiques mobiles, il collecte des données pour plusieurs programmes de recherche en océanographie et en sciences du climat, tout en réalisant un documentaire destiné à sensibiliser le grand public au rôle essentiel des océans dans la régulation du climat. À travers trois questions, il revient sur la genèse du projet, les défis rencontrés et les enseignements tirés de cette expédition.
Une expédition étudiante
Au croisement de la science, de l’aventure maritime et de la sensibilisation
Passionné par la mer depuis son enfance en Méditerranée et sensibilisé aux enjeux environnementaux, Raphaël, élève du cycle Ingénieur civil de Mines Paris – PSL, a choisi de consacrer son année de césure à un projet scientifique et pédagogique : l’Expédition Fréole. Avec l’objectif de mettre la navigation à la voile au service de la recherche sur les océans et le climat, tout en créant un lien entre la communauté scientifique et le grand public.
L’expédition repose sur le concept de voilier d’opportunité. Il s’agit d’un voilier privé qui profite d’une traversée maritime pour contribuer à des programmes scientifiques en mettant à disposition certaines de ses ressources : capacité d’échantillonnage, espace à bord ou observations réalisées en mer.
Pendant six mois, entre Ushuaïa et Porto, Raphaël embarque ainsi du matériel scientifique afin de réaliser différents protocoles adaptés aux contraintes d’une navigation hauturière : espace limité, conditions météorologiques variables et nécessité de concilier vie à bord et collecte de données. L’objectif était de transformer un voilier en petite station scientifique mobile, capable de contribuer à des programmes de recherche tout en limitant les contraintes logistiques et environnementales d’une campagne en mer.
Soutenu par la Fondation Mines Paris, ainsi que par les bourses Singular Project, portées par la SingularPlanet Foundation et la Fondation de l’Université PSL, Raphaël bénéficie d’un accompagnement qui permet la réalisation de cette initiative plaçant la science et l’engagement au cœur des enjeux climatiques et sociétaux.
Portée dans le cadre d’un Service Civique d’Initiative avec l’ONG International Impact, l’Expédition Fréole associe ainsi science participative, exploration maritime et transmission des connaissances.
Contribuer aux recherches
Sur les océans et le climat
Les océans jouent un rôle fondamental dans la régulation du climat : ils absorbent une part importante du dioxyde de carbone émis dans l’atmosphère, redistribuent la chaleur à l’échelle de la planète grâce aux courants marins et abritent une biodiversité indispensable au fonctionnement des écosystèmes. Mieux comprendre leur évolution est donc essentiel pour affiner les connaissances sur le changement climatique et améliorer les modèles scientifiques.
Dans le cadre de l’Expédition Fréole, Raphaël collabore avec plusieurs acteurs engagés dans la recherche océanographique et les sciences du climat, notamment l’Ifremer, Plankton Planet, Astrolabe Expeditions et Phénomer. Ensemble, ils ont adapté différents protocoles scientifiques afin qu’ils puissent être réalisés à bord d’un voilier d’opportunité, transformé pour l’occasion en station scientifique mobile.
Observer la biodiversité planctonique
Depuis la mer et depuis l’espace
Dans le cadre du programme PlanktoSpace porté par l’association Plankton Planet, Raphaël réalise des prélèvements de plancton tout au long de sa traversée, d’Ushuaïa jusqu’à Porto.
Le protocole consiste à tracter un filet à plancton derrière le bateau afin de collecter des organismes microscopiques présents dans l’eau. Les échantillons sont ensuite filtrés pour isoler différentes classes de taille de plancton, avant d’être observés au microscope afin de documenter qualitativement la biodiversité rencontrée. Ces prélèvements présentent un intérêt particulier : ils sont réalisés au moment du passage des satellites d’observation de la Terre. Financé par la NASA et l’ESA (The European Space Agency), le programme PlanktoSpace cherche à relier les observations effectuées en mer aux données satellitaires de la couleur de l’océan. À terme, cette approche pourrait permettre un suivi mondial de la biodiversité planctonique depuis l’espace.
Étudier les archives climatiques
Conservées dans les sédiments
L’expédition contribue également à des travaux menés avec le laboratoire Géo-Océan de l’Ifremer dans le cadre d’une thèse en paléoclimatologie consacrée au rôle des glaciers de Patagonie lors de la dernière période glaciaire, il y a plus de 100 000 ans.
Lors des escales sur les côtes patagoniennes, Raphaël réalise des prélèvements de roches sédimentaires, principalement des argiles, dans des zones favorables à leur conservation. Ces sédiments constituent de véritables archives naturelles : leur composition minéralogique conserve la trace des conditions environnementales passées. L’analyse de ces échantillons permettra notamment de mieux reconstituer les déplacements des glaciers au fil du temps et d’améliorer la compréhension des interactions entre les calottes glaciaires, les océans et le climat.
Prélèvement d’argile à Ushuaïa
Un documentaire en cours
Pour partager les enjeux océans-climat
Au-delà de la collecte scientifique, l’Expédition Fréole poursuit un objectif de médiation : rendre accessibles au plus grand nombre les enjeux liés aux océans et au changement climatique.
Tout au long de son parcours, Raphaël réalise des interviews de scientifiques, d’acteurs locaux et de personnes engagées dans la préservation des milieux marins afin de documenter les problématiques rencontrées dans les territoires traversés. Ces rencontres nourriront un documentaire grand public consacré au rôle des océans dans la régulation du climat, réalisé à partir des images de la traversée et des témoignages recueillis pendant l’expédition.
En associant recherche, aventure maritime et transmission des connaissances, Raphaël transforme une initiative personnelle en un projet scientifique et pédagogique consacré à la compréhension des océans et des enjeux climatiques.
Après six mois de navigation entre l’Amérique du Sud et l’Europe, une transatlantique et près de 20 000 kilomètres parcourus, l’Expédition Fréole s’est clôturée en juillet au Portugal.
Trois questions à Raphaël
Qu’est-ce qui vous a conduit, pendant votre année de césure, à imaginer une expédition scientifique à la voile consacrée aux océans et au climat ?
La mer et la navigation ont toujours fait partie de ma vie : depuis petit, j’ai eu la chance de faire beaucoup de voile ! A la fin de chaque séjour que j’avais la chance de passer en mer, je ne rêvais que d’une chose : que ça ne s’arrête pas. Je me sentais vraiment chez moi dans cet environnement.
En parallèle, mon intérêt grandissant pour les sciences du climat et l’océanographie m’a amené à m’intéresser de plus près aux expéditions scientifiques en mer, notamment aux campagnes de la Fondation Tara Océan et à celles de la Flotte océanographique française, initiées par l’Ifremer. Je savais que je voulais participer à une telle aventure pendant ma césure.
Malheureusement, je n’ai pas réussi à intégrer une campagne existante en cours de route. J’ai donc décidé de créer mon propre projet de campagne scientifique ! Étant seul dans cette aventure, c’est évidemment une campagne de petite échelle, mais c’est un projet qui me tenait particulièrement à cœur et auquel j’ai consacré près d’un an de préparation.
La première étape a été de trouver un voilier intéressé par ma démarche, sur lequel je pourrais embarquer en tant qu’équipier. Le passage par de hautes latitudes, proches des pôles, était particulièrement important pour moi. C’était à la fois un rêve personnel et un choix scientifique pertinent : peu de bateaux passent dans ces régions, ce qui donne tout son intérêt à l’utilisation d’un voilier d’opportunité pour réaliser des mesures relativement rares.
Comment avez-vous construit les partenariats scientifiques et adapté les protocoles de recherche aux contraintes particulières d’un voilier d’opportunité ?
Lorsque je me suis lancé dans ce projet, au début de l’année 2025, je ne connaissais absolument personne dans ce milieu. J’ai donc contacté de nombreux laboratoires et associations, un peu comme si je lançais des bouteilles à la mer ! Ces premiers échanges m’ont permis de rencontrer des personnes passionnées, mais surtout de mieux comprendre le fonctionnement de la recherche scientifique en mer.
J’ai ensuite commencé mon année de césure, en juin 2025, par un stage de recherche dans un laboratoire de l’Ifremer, où j’ai étudié la dérive de la glace de mer arctique. Cette expérience m’a permis de rencontrer des chercheurs ayant déjà participé ou organisé des campagnes scientifiques. J’ai ainsi pu bénéficier de nombreux conseils, aussi bien sur les aspects techniques que logistiques, et mieux cerner ce qu’il était réellement possible de faire à bord d’un voilier
À partir de là, mon projet s’est progressivement précisé. Avec des demandes plus ciblées auprès des différents laboratoires, j’ai finalement pu embarquer quatre protocoles scientifiques. Certains étaient déjà conçus pour être réalisés sur des voiliers d’opportunité, comme l’échantillonnage de plancton avec Plankton Planet ou la collecte continue de données grâce à une sonde installée à bord avec Astrolabe Expeditions.
D’autres protocoles ont été imaginés spécifiquement pour l’expédition. C’est notamment le cas de la collecte de sédiments argileux sur les côtes de Patagonie, en partenariat avec le laboratoire Geo-Ocean de l’Ifremer. Ils avaient besoin de ces prélèvements dans le cadre d’une thèse, et le voilier sur lequel j’embarquais passait précisément dans les régions qui les intéressaient. Le protocole a donc été conçu à partir de cette opportunité très concrète.
Une fois en mer, on réalise cependant que mettre en œuvre ces protocoles est toujours plus complexe que ce que l’on avait imaginé. On peut préparer un scénario très précis, mais la réalité est souvent différente. La météo peut nous empêcher de nous arrêter pour effectuer un prélèvement, tandis que le matériel disponible à bord impose parfois de bricoler, réparer ou adapter complètement le protocole.
Il faut donc constamment trouver des solutions avec les moyens du bord. Ce n’est pas toujours simple, mais avec de la résilience et beaucoup de motivation, on finit généralement par y arriver !
Après six mois de navigation et près de 10 000 milles nautiques parcourus, quels enseignements retenez-vous de cette expérience, sur le plan scientifique comme humain ?
Sur ces six mois de navigation, j’ai eu la chance de naviguer sur deux bateaux différents. Cela m’a fait découvrir des façons de naviguer, des habitudes de vie et des personnalités très différentes. C’est une forme d’apprentissage accéléré du vivre-ensemble, dans un environnement où l’on ne peut jamais vraiment s’isoler.
Pour de longues navigations, il faut apprendre à se préserver : savoir prendre du temps pour soi, se reposer, trouver son rythme. Mais la vie à bord est aussi faite d’une multitude de tâches quotidiennes : préparer les repas, faire la vaisselle, prendre son quart, bricoler sur le moteur, réparer une fuite ou résoudre un problème électrique. Tout cela se fait dans un espace très restreint, ce qui rend particulièrement importante l’attention portée au bien-être des autres.
Cette proximité crée aussi des liens très forts. Partager les mêmes tempêtes, les mêmes pannes, les mêmes fatigues ou parfois les mêmes peurs crée une forme de solidarité difficile à retrouver ailleurs. À l’inverse, on partage aussi des moments extraordinaires : des paysages uniques, les couchers de soleil, les vols d’oiseaux… Ce sont des souvenirs d’une richesse assez indescriptible.
Les escales permettent également de rencontrer de nouvelles personnes. Après avoir passé plusieurs jours, parfois plusieurs semaines, isolé en mer, ces rencontres prennent une dimension particulière. On les vit peut-être avec davantage d’intensité que dans notre quotidien habituel.
Ce mode de vie très minimaliste m’a aussi fait beaucoup réfléchir à notre rapport au matériel, aux autres et à notre environnement. Quand on vit avec très peu de choses et que chaque ressource compte, certaines priorités deviennent beaucoup plus évidentes.
Sur le plan scientifique, m’être investi pendant plus d’un an dans ce projet, puis continuer à l’explorer à travers le documentaire, a été une chance formidable. J’ai pu approfondir mes connaissances dans les sciences du climat et l’océanographie, tout en rencontrant des chercheurs et des scientifiques qui m’ont énormément appris.
Surtout, j’ai eu la chance d’observer directement sur le terrain des phénomènes que l’on étudie habituellement derrière un ordinateur. Je pense notamment à la prolifération des sargasses dans les Antilles ou encore aux blooms planctoniques.
Cette aventure m’a ainsi permis de prendre conscience de manière beaucoup plus concrète des enjeux environnementaux liés aux océans.
Suivre l’Expédition Fréole
Pour découvrir les étapes de la traversée, les escales et les coulisses de cette campagne scientifique, retrouvez l’expédition sur :






