Un peu d’histoire
240 ans de science, de passion et de transmission
Le Musée de Minéralogie de Mines Paris – PSL est l’héritier direct d’une aventure scientifique et humaine commencée au XVIIIe siècle. Celle-ci mêle exploration, recherche, pédagogie et parfois, les soubresauts de l’histoire de France.
Retour sur ces deux siècles de patrimoine.
Les collections. Carte postale, début XXe siècle. Paris, bibliothèque Mines Paris – PSL.
Le Musée de Minéralogie est bien plus qu’un lieu d’exposition : c’est un témoin vivant de l’évolution des sciences, de la connaissance et du regard que nous portons sur la Terre.
Naissance d’une politique minière
Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, l’art des Mines n’avait guère brillé en France : quelques souverains, ministres ou conseillers avaient cependant fait quelques efforts, hélas sans lendemain. Charles VI avec ses lettres patentes de 1413, accordant des privilèges et donc des devoirs aux propriétaires de mines et aux mineurs, Louis XI et son « Ordonnance sur l’exploitation des Mines dans le royaume » de 1471, Henni IV avec ses Edits de 1597, 1601, 1604, Colbert entre 1679 et sa mort. Cependant à la fin du règne de Louis XIV, liberté absolue était redonnée à tout propriétaire du sol d’exploiter le sous-sol d’où une multiplicité d’exploitations minuscules et désastreuses.
Il faut attendre 1739 et la reprise en main des Mines et des Ponts et Chaussées par le grand intendant Trudaine pour trouver une véritable politique minière. L’arrêt de janvier 1744 exprime clairement ce principe essentiel du droit minier fiançais, l’indépendance de la propriété du sol avec celle du sous-sol qui ne peut être exploité qu’après autorisation de l’État. Cet arrêt établit de plus un véritable règlement technique des exploitations minières.
1783 : Création de l’École des Mines
La nécessité de disposer d’ingénieurs et de techniciens sans devoir toujours s’adresser à des étrangers (surtout d’Europe centrale) se fait alors sentir . Ces ingénieurs seraient seuls capables d’organiser ce qui allait devenir en moins de cent ans la « grande industrie » et pourraient aider à la transformation de l’Art des mines en véritable science. Créant un environnement intellectuel favorable, les traités, les traductions d’ouvrages sur la recherche et l’exploitation des mines, les relations de « voyages minéralogiques » se multiplient. Dès 1766, les concessionnaires de mines sont taxés pour l’entretien de la « future » École des mines. L’année suivante, Guettard aidé bientôt de Monnet commence l’inventaire des ressources minières du royaume, amenant les travaux de Jars, de Gensanne, de Grignon, Schreiber. En 1778, Balthazar Georges Sage , minéralogiste « distingué », chimiste médiocre mais bon promoteur réussit à faire créer à l’actuelle Monnaie de Paris où il s’installe fastueusement avec ses collections dans le grand salon, une École publique de minéralogie et de métallurgie docimastique dont il occupe l’unique chaire. Par cette École, par les cours « fleuris » qu’il sut donner aux « amateurs de qualité », il contribua à créer un climat favorable à la création de l’École des Mines, d’où l’arrêt rendu par le Conseil d’État du Roi le 19 mars 1783 :
« Le Roi étant informé que l’art de découvrir & d’exploiter des Mines, n’a pas fait dans son Royaume les progrès dont il était susceptible que, dans le nombre de ceux qui ont obtenu des concessions, les uns n’en ont fait aucun usage, d’autres y ont employé, sans fruit, des fonds considérables ; & que ceux qui ont réussi, n’en ont pas tiré tout le profit qu’ils dévoient en attendre, par la difficulté de trouver des Directeurs intelligents : Sa Majesté s’est fait rendre compte des différents moyens qu’on pourrait employer pour exciter un genre d’industrie dont les États voisins retirent de si grands avantages & elle a reconnu que ce n’était pas assez de donner des encouragements à ceux qui voudraient se livrer à la recherche & exploitation des Minéraux, qu’il fallait encore former des sujets pour conduire les ouvrages avec autant de sûreté que d’économie c’est par ces motifs que Sa Majesté a résolu d’établir une École de Mines… »
1794 : La révolution et les collections de minéralogie
En pleine Terreur, par un arrêté du Comité de Salut public daté du 24 messidor de l’An II de la République (12 juillet 1794), l’École fut réorganisée.
Placée sous l’autorité de l’Agence des Mines, l’École des Mines fut installée dans l’Hôtel de Mouchy situé 293, rue de l’Université à Paris . L’arrêté spécifiait la création d’un « Cabinet de Minéralogie » contenant toutes les productions du globe et toutes les productions de la République, rangées suivant l’ordre des localités ». Pour cela, les ingénieurs des mines devaient « rassembler toutes les substances fossiles… et en envoyer la collection bien étiquetée » à l’Agence des Mines. Le Cabinet, de plus, reçut certaines collections privées, qui parfois avaient été saisies par le Comité de Salut Public.
Un premier conservateur: René Just HAÜY
Dès octobre 1794, Haüy avait été nommé conservateur, et Jérôme Tonnelier garde du Cabinet de Minéralogie. En 1795, l’achat de la collection dite Nottin permit d’acquérir le grand soufre de Cadix, de belles nagyagites, et des sidérites d’Allevard en 1796. L’Agence reçut la majeure partie de la collection Boutin (ancien Trésorier général de la Marine) dont une bonne partie provenait de la vente Jacob Foster, collectionneur et marchand anglais (1739-1806), faite en février 1783.
1816 : L’installation à l’hôtel de Vendôme
En août 1815, l’École des Mines s’installa à l’Hôtel de Vendôme. En 1816, Brochant de Villiers forma une collection minéralogique de 800 spécimens en suivant le Système français. Dès 1819, Dufrénoy participa à l’organisation de la collection » orictognostique » qui, un an plus tard, comprenait près de 4 000 échantillons, provenant en partie des collections Heuland et Lefebvre d’Hellancourt, de la collection Patrin (béryl, topaze, zircon, de l’Oural et de Sibérie), des spécimens provenant de l’École des Mines de Moutiers, de très beaux échantillons de cuprite et d’azurite de Chessy, donnés par Jars en 1817.
Après une période d’écoles « décentralisées » pendant l’Empire, l’École des Mines est définitivement installée à Paris en 1816, dans l’actuel hôtel de Vendôme, au cœur du quartier Saint-Germain-des-Prés. C’est dans ce lieu, toujours préservé, que les collections s’épanouissent et se structurent.
De 1816 à 1945 : L’âge d’or des dons et découvertes
Tout au long du XIXe siècle, le musée s’enrichit grâce aux dons de grands géologues, collectionneurs et anciens élèves : cuprites de Chessy, topazes de Sibérie, minéraux du Chili, ou encore la célèbre collection du Marquis de Drée, forte de 15 000 spécimens.
Les pièces rares s’accumulent : émeraudes, lapis-lazuli, calcite d’Islande, spath fluor de Transylvanie… La collection devient rapidement l’une des plus prestigieuses d’Europe.
L’architecture du Musée et des ses espaces attenants prend la forme que nous lui connaissons aujourd’hui dans les années 1840 : les vitrines réalisées sur mesure en chêne de Hongrie sont construites en 1842. Les peintures , fresques et bustes datent également de cette période.
A la fin du XIXème siècle , on constate néanmoins un ralentissement dans l’acquisition de grandes collections. Mais la collection continue de s’enrichir annuellement , notamment des échantillons russes et américains.
en 1909 , le musée est victime d’un cambriolage : de nombreux diamants et des spécimens d’argents sont dérobés , et jamais retrouvés depuis.
le 30 Janvier 1918 , l’aviation allemande bombarde l’école des Mines , sans faire de gros dégâts sur les collections. 22 ans plus tard , l’école et le musée seront occupés par l’armée allemande entre 1940 et 1944 en abritant le service cartographique de l’armée de l’air allemande ( Luftwaffe).
De 1945 aux années 1990 : réorganisation et enrichissement de la collection
Si le Musée est relativement épargné par les deux conflits mondiaux , la période post seconde guerre mondiale voit arriver un relatif déclin du Musée.
En 1957, la direction de l’École demanda à Claude Guillemin de réorganiser la collection, tâche qu’il entreprit avec des membres du Bureau de Recherches géologiques et Minières (B.R.G.M.). Ce travail de réorganisation dura cinq années. Guillemin participera également à la création de l’association internationale de minéralogie ( IMA) en devenant le représentant de la France au sein de l’association.
Il ne suffisait pas en effet, d’adopter simplement une classification plus moderne : il fallait entamer un remaniement complet et un allégement du mode de présentation en éliminant un grand nombre d’échantillons exposés, afin de mettre mieux en valeur les pièces conservées.
De 1957 et jusqu’à 1990, la collection s’est enrichie rapidement grâce à l’activité du Service de Conservation des Espèces Minérales (S.C.E.M.), créé par le Bureau de Recherches géologiques et minières (B.R.G.M.) pour récolter, stocker et redistribuer les échantillons minéralogiques.
En 1988, l’Association des Amis de la Bibliothèque et des Collections de l’École des Mines (ABC Mines) fut créée afin de poursuivre l’œuvre d’enrichissement du Service de Conservation des Espèces Minérales (S.C.E.M.) qui disparaîtra en 1990. L’association poursuit encore ses activités aujourd’hui, en apportant un précieux soutien financier et matériel.
Le musée et son rôle aujourd’hui
Aujourd’hui, le musée est reconnu internationalement pour ses collections, ses expositions ainsi que ses collaborations avec des institutions internationales. Par ces actions, il œuvre à faire rayonner et à valoriser ses collections historiques ainsi que l’École des Mines de Paris.
Le Musée s’attache à poursuivre l’enrichissement de la collection , afin de permettre la transmission au plus grand nombre du savoir géologique et minéralogique. Collection nationale inaliénable appartenant à l’état , le musée participe à la recherche scientifique au niveau de l’école mais aussi à l’international.
