Portrait d’Idriss AÏT-TAHAR – MS EEDD parcours IGE, 2025-26

Interview Portrait
Publié le 12 mai 2025
Idriss AÏT-TAHAR

Récemment, j’ai lu le livre de Lamya Essemlali « Sea Shepherd, le combat d’une vie »,
dans lequel le capitaine et militant écologiste Paul Watson affirme :
« Ce dont le monde a besoin, c’est d’ingénieurs écologiques. »
Cette phrase résonne en moi depuis longtemps : j’ai choisi de devenir ingénieur par conviction,
animé une utopie et le désir de contribuer à un monde meilleur.

Quel est ton parcours Idriss ?

Je suis diplômé de l’UTC en tant qu’ingénieur du génie biologique, capable d’analyser et de résoudre des problématiques liées à la physiologie, aux biotechnologies et à l’innovation agroalimentaire. Pour finaliser mon cursus à l’UTC, j’ai intégré la filière Management de Projets Innovants afin d’acquérir une vision plus globale et d’être en mesure de piloter des projets sous tous leurs aspects.

Enfin, lors de mon stage de fin d’études chez Näak, entreprise de nutrition sportive à dimension internationale, j’ai mobilisé mes premières compétences techniques en évaluation environnementale afin d’éclairer les décisions stratégiques liées au développement de la future gamme de produits. Cette expérience, menée dans un contexte à la fois international et interculturel, m’a permis d’articuler analyse environnementale, innovation produit et compréhension des enjeux de marché.

Quand as-tu commencé à t’engager en faveur de la transition écologique ?

Jean Jaurès disait : « N’ayant pas la force d’agir, ils dissertent. » J’ai souvent réfléchi et débattu de la nécessité d’un changement de vision, dans notre société comme dans le monde de l’entreprise. Aujourd’hui, je souhaite contribuer concrètement à cette évolution, sans renoncer à la réflexion qui guide mon engagement.

Depuis longtemps, j’ai la volonté de travailler sur des enjeux environnementaux et d’en approfondir la compréhension. Dans cette optique, j’ai choisi d’effectuer mon stage de milieu d’études en recherche microbiologique afin de concilier biologie et environnement. J’ai ainsi eu l’opportunité de travailler sur la valorisation d’un coproduit issu d’insectes au sein de deux unités de recherche, en France (Paris-Saclay, AgroParisTech, INRAE) et au Canada (Université Laval).

Après cette immersion dans la recherche universitaire, j’ai décidé de réaliser un semestre de césure au Canada afin d’élargir mes connaissances environnementales, cette fois dans une approche plus politique. J’ai eu la chance d’intégrer le secteur de l’eau de l’ONG Réseau Environnement, qui joue un rôle d’interface entre experts en environnement et municipalités québécoises.

Pourquoi avoir choisi le MS EEDD parcours IGE ?

La richesse du mastère spécialisé proposé par l’ISIGE Mines Paris – PSL réside dans son approche pluridisciplinaire et dans l’implication d’acteurs issus de divers horizons : enseignants, chercheurs, experts, industriels et professionnels du secteur privé et public.

Toutefois, j’ai constaté à maintes reprises que dans le monde du travail, les considérations environnementales sont souvent reléguées au second plan face aux impératifs économiques, humains et contextuels des entreprises. Pourtant, la crise climatique actuelle exige que ces problématiques soient placées au cœur des décisions stratégiques.

Par ailleurs, je suis conscient que les décisions au sein des entreprises et organisations sont prises par ceux qui disposent d’une légitimité et d’une reconnaissance institutionnelle. Or, si j’ai acquis des bases techniques en évaluation environnementale, il me manque une vision plus systémique et structurée.

Ayant suivi une spécialisation en management de projets innovants, je suis particulièrement sensible aux approches pédagogiques fondées sur l’apprentissage par projet. La mise en situation et les collaborations entre étudiants aux profils variés enrichissent la réflexion, confrontent les points de vue et s’appuient sur les expériences de chacun.

Enfin, l’alternance constitue un atout majeur, car elle ancre les apprentissages dans la pratique et confronte les étudiants aux défis concrets des entreprises et des organisations. Cette articulation entre théorie et application professionnelle renforce tout mon intérêt.

Quel est ton projet professionnel ?

Mon projet professionnel se situe à la croisée de mon expertise en développement de produits agroalimentaires et d’une volonté profonde de contribuer à une transformation écologique systémique du secteur alimentaire. Au-delà de l’amélioration incrémentale des pratiques, je souhaite participer à l’émergence d’un nouveau modèle agricole capable de transformer simultanément nos manières de produire et de consommer, à l’échelle de l’ensemble de la chaîne de valeur.

Par ailleurs, je souhaite inscrire mon action dans une réflexion plus large sur la biodiversité. Au-delà de sa seule dimension fonctionnelle ou économique, elle questionne en profondeur notre rapport au vivant et la manière dont nos sociétés s’inscrivent dans les écosystèmes dont elles dépendent.

Travailler sur ces thématiques, c’est contribuer à redéfinir la place des activités humaines au sein du tissu du vivant, en reconnaissant les interdépendances qui nous lient aux sols, aux plantes, aux animaux et aux micro-organismes. C’est aussi encourager un rapport plus conscient aux non-humains, et participer à l’émergence d’une autre manière d’habiter le monde.

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