Portrait de Thibault Locqueville – MS EEDD parcours IGE, 2025-26
Dès le lycée, j’ai suivi une voie scientifique sans trop savoir où elle allait me mener. J’ai d’abord choisi de faire une 1ere S, hésitant toutefois avec sa contrepartie littéraire. Puis j’ai postulé à des écoles d’ingénieur parce que je ne me voyais ni faire médecine, ni partir en commerce et que les sciences m’intéressaient.
En école d’ingénieur (INSA Lyon), j’ai apprécié, voire adoré certains cours et peu aimé d’autres, mais il était toujours très difficile pour moi de trouver ma voie, LA direction que j’avais envie d’explorer, le métier d’ingénieur qui m’attirait le plus.
Venant d’une formation matériau et ayant déjà acquis certaines connaissances sur les plans d’écoconception, fin de vie et recyclage, matériau durable etc, je suis capable d’aborder des problématiques avec une bonne base technique, avec en prime quelques approches plus « systémiques », notamment liées à l’utilisation de nos ressources (matériau et énergie).
J’ai assisté à des conférences, découvert ce qu’étais le GIEC, qui était Jancovici, ce qu’impliquait la COP21 et tous les enjeux environnementaux auxquels ma génération et les générations futures allaient devoir faire face.
Parallèlement à ma formation, j’ai échangé avec des (étudiants) ingénieurs engagés de mon école. Du point de vue de ma vie personnelle, j’ai peu à peu mis en place une série de gestes et de résolutions ayant du sens pour moi et pour la planète (acheter en seconde main, manger végétarien, ne plus prendre l’avion…)
Du point de vue de ma vie professionnelle, je ne savais pas (et ne sais pas encore) quel ingénieur j’ai envie de devenir mais je sais aujourd’hui pourquoi je veux en être un. Parce que pour pouvoir se construire un futur, il faut déjà préserver les fondations sur lesquelles nous voulons le bâtir.
Parce que, avec l’environnement, la question n’est plus de savoir si oui ou non il faut agir mais bien de savoir comment agir.
Il est assez « facile » de trouver ce qui a de l’impact dans sa vie quotidienne : consommer moins, plus responsable, plus local et plus durable ; utiliser moins d’énergie ; allonger la durée de vie des objets et services que nous utilisons… En somme, vivre moins vite, moins loin mais en savourant d’autant plus.
Par contre, il est assez difficile pour moi de me figurer quel est le meilleur impact que je puisse avoir en tant qu’ingénieur. Peut-être déjà parce que le métier d’ingénieur, avec ses myriades de déclinaisons, m’est toujours encore assez flou. Peut-être aussi parce que ce métier rime aussi bien souvent avec entreprenariat et libéralisme, et qu’il implique alors de conjuguer avec de multiples autres paramètres : financier, économique, parfois politique… compliquant ainsi chaque prise de décision et de position.
Faut-il donc mieux que j’occupe un poste dans une grande entreprise transnationale, pour essayer d’avoir un impact environnemental à grande échelle, au risque de se retrouver bridé dans ses actions à cause de conflits d’intérêts ; ou travailler dans une petite entreprise, start up ou collectivité mettant les questions environnementales au cœur de leurs projets, mais avec une portée bien plus limitée ?
Et au-delà de ça, une fois au sein d’une entreprise, que mettre en place ? Quelles décisions permettront vraiment de changer les choses ? Et sur quels exemples ou législation s’appuyer ?
Lorsque je travaillais en stage au siège de Salomon, j’ai été marqué par le fait que les questions environnementales n’avaient pas une place majeure dans les prises de décision des différentes équipes, ces questions étant portées par un service RSE gravitant autour des différents services.
Comment alors remettre l’environnement au cœur de chaque avancée technique, financière ou de marketing ? Comment faire en sorte que le moteur soit l’aspect durable et responsable d’une innovation, et non pas sa rentabilité, sa dimension « tech » ou son design révolutionnaire ? Comment transmettre l’idée que progrès ne rime pas toujours avec croissance, et que produire plus n’est plus synonyme de « bonne santé » ?
Sortir du prisme strictement « ingénieur » dans lequel je suis et développer mon esprit critique à une plus large échelle afin d’être capable de mettre en place les solutions les plus adaptées sur des thématiques variées (et non pas seulement sur une problématique matériau) et acquérir de nouvelles compétences comme l’ACV et le calcul d’indice de réparabilité.
C’est en discutant avec Marie Décultot, une de vos élèves de la promo actuelle, que j’ai découvert votre formation et que je me suis rendu compte qu’il s’agissait exactement de ce dont j’avais besoin.
Le fait de passer d’une thématique environnementale -bien qu’omniprésente dans ma formation Matériau- toujours annexe à un « sujet principal », à ce qu’elle devienne elle-même le coeur de ma formation serait pour moi une véritable révolution.
De plus, sortir de la facette strictement matériau et aborder des thématiques plus globales, tel que l’aspect juridique, les stratégies d’entreprise, les notions d’économie circulaire… me permettrait d’avoir une approche beaucoup plus large et réfléchie vis-à-vis du challenge auquel nous faisons face et m’aidera à pouvoir beaucoup mieux me positionner sur le rôle que je pourrai y jouer.
Rejoindre ce MS me permettra de côtoyer de nombreuses personnes partageant mes préoccupations, peut‑être mes inquiétudes, mais surtout ma volonté d’agir pour changer les choses. Mettre nos efforts en commun constituera déjà un excellent point de départ !
Je pense aussi que ma curiosité sur la problématique, via la lecture de revues, de livres ou de rapports scientifiques ou encore via quelques chaînes Youtube m’ont inculqué un début de « connaissances globales » très utiles pour aborder un problème pluridisciplinaire. Je compte aussi pouvoir me rapporter à mes futurs camarades de classe pour bénéficier de leurs connaissances en la matière !
Je suis à un stade de ma vie où je manque d’expérience et de connaissance pour pouvoir choisir avec confiance la voie qui me convient le plus. Avec un projet professionnel flou comme le mien, j’ai besoin de temps et de recul pour savoir où et comment je peux avoir un impact positif pour moi, l’environnement et plus largement, pour la société.
Zoom sur Gersende Chaffardon, portrait d’étudiante MS EEDD parcours IGE 2022-23