De l’innovation minière à l’ingénierie des limites : extraire, recycler ou repenser nos besoins ?

Interview
Publié le 4 février 2026

Métaux critiques, terres rares, vulnérabilité de nos chaînes d’approvisionnement, sobriété matérielle…
Face à l’explosion des besoins en métaux, quelles réponses apporter ? Poursuivre l’extraction, miser sur le recyclage ou questionner nos usages ? Alors que la transition écologique et la numérisation intensifient la pression sur les ressources minérales, l’ISIGE Mines Paris-PSL a ouvert  un espace de réflexion et de débat pour mettre en perspective ces enjeux.

Cette discussion a réuni Philippe Bihouix, directeur d’AREP et expert des ressources minérales, et Damien Goetz, professeur de géosciences et titulaire de la Chaire Ressources minérales pour la transition énergétique à Mines Paris – PSL Paris-PSL. Retour sur l’organisation de cette table ronde par Jean Rongau et Simon Buchy du MS EEDD parcours IGE.

Pourquoi avoir imaginé cette table ronde ? 

Jean : le MS IGE, en plus de toutes ses qualités pédagogiques, fait se rencontrer des personnes d’horizons très différents. Cette diversité des bagages, des intérêts est une vraie richesse que nous voulions valoriser par l’organisation d’une ou plusieurs conférences d’approfondissement de certains volets du contenu pédagogique du MS.

Simon : je suis convaincu de la nécessité d’une large diffusion des enjeux environnementaux/énergétiques par tous les vecteurs possibles et pour le maximum de personnes. Quand Jean m’a proposé de préparer avec lui une conférence/table ronde, j’ai saisi cette occasion de participer à cette transmission de connaissances. Je n’avais jamais organisé ce genre d’évènement et c’était aussi le moment pour moi de me frotter à cet exercice.

Comment avez-vous choisi les intervenants ?

Simon : Jean et moi sommes particulièrement intéressés par les enjeux liés à la « transition énergétique », et notamment par les thématiques transversales permettant de relier différentes problématiques. C’est le cas pour l’industrie minière qui existe depuis des centaines d’années, et dont les ramifications peuvent aller de l’énergie aux enjeux géopolitiques en passant par l’environnement, l’économie et l’histoire.

Étant justement passionné par ces enjeux miniers depuis plusieurs années j’en ai fait le cœur de mon projet professionnel, j’étais donc doublement enclin à orienter un évènement sur le sujet. Dans le cadre de notre master IGE nous devions assister à un cours de Damien Goetz en janvier, c’était donc cohérent en novembre d’imaginer l’inviter dans un autre cadre pour éventuellement compléter les enseignements qu’il nous dispenserait en tant qu’expert de cette industrie.

Enfin, j’ai connu Philippe Bihouix via ses livres il y a plusieurs années et j’ai toujours admiré sa capacité à vulgariser les conséquences de notre addiction aux métaux d’un point de vue technique mais aussi plus global, en remettant en cause les fondamentaux de nos sociétés extractivistes et entraînées dans une course au « progrès technique ».

Jean : tout est dit ! Puisqu’une semaine sur les ressources minérales était prévue dans le module 2 du MS, nous avions imaginé en novembre pouvoir approfondir certains aspects des enseignements de cette semaine par la conférence… recevoir Philippe Bihouix c’était la cerise sur le gâteau !

Que retenez-vous de cet échange ? 

Jean : ce qui m’a marqué, c’est la démonstration qui a été faite : la sobriété est nécessaire pour rendre nos modes de vie soutenables au niveau minéral. Les ressources minérales de la transition écologique sont souvent oubliées alors qu’elles sont cruciales d’un point de vue industriel, social et géopolitique. Entendre ce rappel de la minéralité de nos sociétés, des chaînes de valeurs impliquées et des ordres de grandeur était salutaire. En un mot, poser la question des besoins est une condition sine qua non de la transition.

Simon : je suis toujours surpris de voir à quel point les problématiques minières sont complexes. On pense avoir plus ou moins compris certaines dynamiques alors qu’un niveau de nuance supplémentaire existe systématiquement et remet parfois en cause notre manière de voir le sujet.

Je pense ici à la discussion sur les tendances de production du cuivre notamment, qui nous a invité à prendre du recul sur de potentiels conflits d’intérêt. Je retiens donc le nécessaire travail de communication et de clarification qui concerne la transition énergétique et ici les métaux au sujet desquels circulent encore beaucoup d’idées reçues.

Le mot de la fin

Simon : des amis complètement étrangers à ces thématiques ont assisté à la conférence et m’ont dit avoir appris énormément de choses malgré la technicité apparente du sujet, cette table ronde a donc rempli son objectif !

Jean : humainement, c’était une très belle aventure et nous sommes très reconnaissants pour la confiance et l’autonomie accordées par les responsables du MS.

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