Eric Rigaud, spécialiste de la résilience, prépare les professionnels de demain à la prévention des risques et à la gestion des crises dans l’industrie

Formation Interview
Publié le 5 mars 2026
À la tête du Mastère Spécialisé « Expert en Prévention des Risques et en Gestion des Crises dans l’Industrie » de Mines Paris – PSL, Eric Rigaud forme les experts de la sécurité industrielle de demain. Son ambition : développer une culture exigeante de la prévention des risques, tout en préparant des professionnels capables d’anticiper les crises, d’analyser des situations complexes et d’accompagner les entreprises face aux nouveaux défis technologiques et organisationnels.

Un mastère conçu pour former des experts capables d’intervenir dans des environnements techniques et organisationnels complexes

Quand on parle de prévention des risques et de gestion des crises dans l’industrie aujourd’hui, de quels enjeux parle-t-on concrètement ?

Dans un site industriel, quelques minutes peuvent suffire pour qu’un incident technique se transforme en crise majeure. Une alarme mal interprétée, une procédure incomplète, une décision prise dans l’urgence ou encore une communication insuffisante entre équipes peuvent entraîner des conséquences importantes pour les personnes, les installations et l’environnement.

Aujourd’hui, les accidents industriels sont rarement liés à une seule défaillance technique. Ils résultent le plus souvent d’une combinaison de facteurs humains, organisationnels et technologiques. Les entreprises doivent donc apprendre à gérer des situations complexes dans lesquelles technologies et facteurs humains s’influencent mutuellement.

La prévention des risques consiste précisément à anticiper ces enchaînements, à identifier les vulnérabilités potentielles et à mettre en place des dispositifs adaptés pour limiter la probabilité d’un accident ou en réduire les effets.

 

Le contenu de notre Mastère évolue régulièrement afin de coller au plus près des besoins exprimés par les entreprises partenaires.

 

En quoi votre formation répond-elle à ces nouveaux défis ?

Le mastère a été conçu pour former des experts capables d’intervenir dans des environnements techniques et organisationnels complexes. Les systèmes industriels évoluent rapidement sous l’effet de la digitalisation des procédés, de l’automatisation des chaînes de production, de la transition énergétique et des impacts du changement climatique.

La formation est suivie majoritairement en alternance. Ce rythme permet aux étudiants d’appliquer directement en entreprise les concepts, méthodes d’analyse et les outils étudiés en cours. Ils sont ainsi confrontés très tôt à des situations concrètes, qu’il s’agisse de l’évaluation des risques sur un site industriel, de la participation à des exercices de gestion de crise ou de la mise à jour de procédures de sécurité.

Cette adaptation ne se limite pas au rythme pédagogique. Le contenu de notre mastère évolue régulièrement afin de coller au plus près des besoins exprimés par les entreprises partenaires. Chaque labellisation de la Conférence des Grandes Écoles et accréditation de France Compétences est l’occasion pour nous d’adapter notre référentiel aux attentes du marché de l’emploi. Cette exigence continue permet d’intégrer de nouvelles problématiques, comme celles liées à la transformation numérique des procédés, à la transition énergétique ou à l’émergence de nouveaux types de risques industriels.

 

 

Cette formation s’inscrit-elle dans la tradition de Mines Paris ?

Oui, tout à fait. Depuis plus de deux siècles, notre école forme des ingénieurs appelés à évoluer dans des secteurs industriels à forts enjeux. La sécurité des installations et des travailleurs a toujours fait partie de nos préoccupations.

Le mastère prolonge naturellement cette tradition en proposant une formation spécifiquement dédiée à la prévention des risques et à la gestion des crises dans l’industrie. Il bénéficie également de l’environnement académique de l’Université PSL et s’appuie sur les travaux du Centre de Recherche sur les Risques et les Crises (CRC).

Ce lien avec la recherche permet de former les étudiants au cœur des connaissances scientifiques actuelles, tout en les préparant à intervenir dans des situations réelles rencontrées en entreprise, qu’il s’agisse de piloter un système de management de la sécurité ou de conduire l’analyse approfondie d’un accident dans un contexte multiculturel.

 

Sophia Antipolis n’est pas seulement un cadre agréable : c’est un terrain de formation idéal, où les étudiants apprennent la prévention des risques au contact direct des acteurs qui en ont besoin.

 

Pourquoi avoir choisi Sophia Antipolis pour dispenser cette formation ?

Sophia Antipolis est un territoire où se rencontrent entreprises, centres de recherche et acteurs de l’innovation technologique. On y trouve notamment des organisations impliquées dans les domaines du numérique, de la santé, de l’énergie ou des transports.

Pour les étudiants, cette proximité facilite les échanges avec les entreprises partenaires et permet de travailler sur des problématiques concrètes rencontrées sur le terrain. Certains peuvent ainsi être amenés à participer à l’évaluation des risques sur un site industriel ou à l’échelle d’un territoire, à contribuer à l’élaboration de procédures de sécurité, ou encore à collaborer avec des chercheurs de l’Université de Nice sur l’apport des approches ludo-pédagogiques aux formations à la sécurité.

Cette implantation favorise également l’insertion dans un écosystème régional particulièrement dynamique. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur compte en effet des pôles industriels d’envergure, Toulon et sa métropole, Aix-en-Provence, Marseille, Fos-sur-Mer, engagés dans les transitions énergétiques et numériques, ainsi que dans les grands enjeux de défense et de sécurité. En résumé, Sophia Antipolis n’est pas seulement un cadre agréable : c’est un terrain de formation idéal, où les étudiants apprennent la prévention des risques au contact direct des acteurs qui en ont besoin.

 

Les étudiants sont exposés à des situations réelles et développent des compétences directement mobilisables dans leur future activité professionnelle.

 

Quel rôle jouent les entreprises dans le parcours des étudiants ?

Les entreprises occupent une place essentielle dans la formation. Elles accueillent les étudiants en alternance ou en stage, leur confient des missions directement liées aux besoins de l’entreprise, et les accompagnent dans leur réalisation.

Un étudiant peut par exemple être chargé d’analyser les causes d’un incident survenu sur une ligne de production, de participer à la mise à jour d’un plan de prévention ou de contribuer à l’organisation d’exercices de simulation de crise. Le spectre des missions proposées, principalement en alternance, est à la fois très large et d’une grande richesse.

Les partenariats développés dans ce cadre s’étendent à l’ensemble du territoire national et recouvrent toutes les filières industrielles, de l’agroalimentaire à l’assurance, en passant par la cosmétique, le BTP, l’énergie, les transports et le conseil. Cette immersion permet aux étudiants d’être exposés à des situations réelles et de développer des compétences directement mobilisables dans leur future activité professionnelle.

L’Acte d’Entreprendre en Sécurité est souvent présenté comme un temps fort de la formation. Pourquoi ?

L’Acte d’Entreprendre en Sécurité, ou AES, est un projet mené par les étudiants, en groupe de 4 maximum, tout au long de l’année. Il consiste à imaginer et à proposer des solutions innovantes pour améliorer la prévention des risques ou la gestion des crises.

Par exemple, les étudiants peuvent travailler sur la conception d’un outil d’aide à la décision pour les équipes de gestion de crise, sur la rédaction d’un guide de bonnes pratiques, sur la création d’un jeu sérieux pour sensibiliser à la culture de sécurité, sur la prise en compte du handicap dans les politiques de sécurité, ou encore sur l’amélioration des dispositifs de communication en situation d’urgence.

Ils doivent ainsi mener une analyse fine d’une problématique concrète, concevoir des solutions adaptées et les présenter devant un jury composé de professionnels du secteur et de membres de l’équipe pédagogique. Cela les amène à adopter une véritable posture d’entrepreneur de la sécurité : mobiliser leurs capacités d’analyse, leur créativité et leur sens de l’initiative, mais aussi aller chercher des ressources humaines comme matérielles, souvent déterminantes pour la réussite du projet.

 

L’intelligence artificielle est de plus en plus présente dans les environnements industriels. En quoi transforme-t-elle les approches de prévention des risques et de gestion de crise ?

L’IA ne se limite plus aux laboratoires de recherche : elle est désormais au cœur des salles de contrôle, des systèmes de maintenance et des cellules de crise. Dans le cadre de l’Industrie 4.0, ces technologies permettent par exemple d’analyser en temps réel des volumes importants de données issues de capteurs afin de détecter des anomalies ou d’anticiper des défaillances techniques avant qu’elles ne se produisent.

Ces capacités offrent des apports significatifs en matière de prévention des risques, notamment pour identifier des signaux faibles difficilement perceptibles par des opérateurs humains. Elles peuvent également contribuer à améliorer la préparation des organisations grâce à des simulations de scénarios de crise ou à l’analyse de retours d’expérience.

Cependant, l’usage de ces systèmes introduit aussi de nouvelles formes de vulnérabilité. La fiabilité des modèles dépend fortement de la qualité des données utilisées, et certaines recommandations produites par les algorithmes peuvent être difficiles à interpréter ou à contextualiser. Il existe également un risque de dépendance excessive à ces outils, qui peut conduire à un retrait progressif des équipes terrain ou à une perte de compétences dans la supervision directe des installations.

Dans une logique d’Industrie 5.0, qui vise à renforcer la complémentarité entre les technologies et l’expertise humaine, l’enjeu consiste donc à intégrer l’intelligence artificielle comme un outil de soutien à la décision plutôt que comme un substitut. Dans le cadre du mastère, nous travaillons par exemple sur l’utilisation d’algorithmes de détection d’anomalies appliqués à des mesures collectées sur des sites industriels réels. Les étudiants apprennent ainsi à interroger les résultats produits par ces systèmes et à en évaluer les effets sur la sécurité des installations, en situation normale comme en contexte de crise.

Quels sont les débouchés après la formation ?

Les spécialistes de la prévention des risques sont aujourd’hui recherchés dans de nombreux secteurs. Ils peuvent exercer au sein d’entreprises industrielles, dans des cabinets de conseil spécialisés, dans des compagnies d’assurance ou encore dans des administrations publiques chargées de la sécurité.

Un diplômé peut ainsi travailler sur l’évaluation des risques dans une entreprise énergétique, accompagner des organisations dans la mise en place de dispositifs de prévention ou participer à l’analyse des conséquences d’un accident industriel pour une compagnie d’assurance. Les résultats à l’insertion témoignent de l’attractivité de ces profils : près de 60 % de nos diplômés décrochent un poste avant même la fin du mastère, et plus de 95 % sont en poste dans les six mois suivant l’obtention du diplôme.

Avec l’internationalisation des activités industrielles, ces compétences sont également recherchées bien au-delà des frontières. Les diplômés sont donc en mesure d’intervenir en France comme à l’étranger, dans des environnements multiculturels et des cadres réglementaires variés, une dimension que le mastère intègre pleinement dans sa pédagogie.

La campagne de recrutement pour la promotion 2026/2027 est ouverte. Quels conseils aux futurs candidats ?

Notre premier conseil : ne sous-estimez aucune expérience. Qu’il s’agisse d’un stage, d’un projet d’études ou d’une première expérience professionnelle, tout parcours en lien avec la gestion des risques ou l’analyse de situations complexes mérite d’être mis en valeur dans votre dossier.

Nous sommes exigeants dans notre processus de recrutement, et nous l’assumons. Les fonctions auxquelles prépare le mastère impliquent des responsabilités directes en matière de sécurité des personnes, des installations et de l’environnement. Nous attendons des candidats qu’ils fassent preuve de rigueur, de capacité d’analyse et d’un engagement sincère pour ces enjeux.

Au-delà du parcours académique, c’est pourquoi nous accordons une attention particulière à la motivation, à la maturité du projet professionnel et à la capacité à prendre des décisions dans des environnements complexes et incertains. Si vous êtes convaincu que la sécurité industrielle est à la fois une responsabilité collective et un levier de performance, ce mastère est fait pour vous. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 30 juin.


Pour en savoir plus sur le Mastère Spécialisé ERC :

Modalités de candidature :

  • Dossier : CV, relevés de notes, diplômes, lettres de recommandation et projet professionnel rédigé
  • Évaluation écrite : réponse à une question réflexive dans le domaine des risques et des crises
  • Entretien oral : présentation du parcours et du projet professionnel, exposé des compétences et expériences en sécurité, démonstration de la connaissance du programme pédagogique, de Mines Paris – PSL et du Centre de Recherche sur les Risques et les Crises (CRC)